Au restaurant, le client a habituellement le choix entre un ou plusieurs menus, comprenant le plus souvent (au moins) une entrée, un plat principal et un dessert: les options offertes sont limitées, mais le prix du tout est attractif. Notre gourmet peut évidemment composer lui-même son repas, en privilégiant les mets dont il raffole, sachant toutefois que le prix de sa «composition» sera en principe quelque peu supérieur. Tout l'art consiste ainsi à arbitrer entre la qualité des mets et la satisfaction qu'ils procurent, et leur prix. En matière de services de prévoyance, il n'en va pas très différemment, car il faut savoir faire preuve d'autant de jugement qu'au restaurant.

Les services fournis par une institution de prévoyance peuvent être décomposés en plusieurs types. Il y a d'abord les prestations d'assurance, soit la couverture des risques liés à la survenance des cas d'invalidité et de décès, le financement et le paiement des rentes ou capitaux que ces sinistres occasionnent. Il y a ensuite les activités de gestion de fortune, qui consistent à gérer de manière performante les contributions récurrentes de l'employeur et des assurés et les revenus de la fortune, en réalisant une bonne répartition des risques par classe d'actifs, pays, titres, etc. Viennent enfin les activités administratives et comptables, telles que l'enregistrement des mutations dans le personnel, l'établissement des listes de cotisations, des certificats individuels de prestations, la tenue des livres comptables, etc., qui toutes réclament une solide infrastructure informatique et un personnel qualifié.

Les différents services peuvent être fournis soit directement à l'intérieur de l'institution de prévoyance (ou de l'entreprise fondatrice), soit achetés auprès de sociétés externes spécialisées («outsourcing»). Dans le second cas, les options additionnelles consistent à déléguer l'ensemble des prestations sous forme d'un faisceau, ou au contraire à opter, pour chaque type de services, pour des partenaires spécialisés. La taille, mesurée à l'aune du nombre d'assurés ou de la fortune totale, constitue le critère déterminant pour le choix d'une formule plutôt que d'une autre. Ainsi, les petites institutions de prévoyance – celles comptant moins de 50 assurés – seront avec raison portées à choisir des prestations groupées (couverture des risques, gestion de fortune, administration), offertes principalement par les compagnies d'assurances. En la matière, une comparaison rigoureuse s'impose, car ce segment du marché souffre malheureusement d'un manque de transparence et d'une concurrence anémique. Quant aux grandes institutions de prévoyance, elles préféreront systématiquement l'attribution de mandats à des sociétés spécialisées.

Les deux options présentées, celle du paquet de prestations ou des services spécialisés par type d'activité, se rencontrent également en matière de placement de la fortune institutionnelle, constitué en fait en trois composantes: la gestion de fortune au sens restreint (soit le conseil en placement, le choix des titres, des pays, des secteurs, etc.), l'achat et la vente des titres (le courtage), et enfin la garde de ceux-ci (y compris les activités liées, comme l'encaissement des coupons). On observe à cet égard en Suisse un phénomène surprenant. En effet, contrairement à ce qui est l'usage dans les autres grands marchés institutionnels, les caisses de pension helvétiques recourent plutôt à des prestations groupées et non à des services segmentés, ainsi que nous avons eu l'occasion de le montrer dans une enquête statistique approfondie à laquelle nous avons procédé récemment. A notre sens, ce fait est imputable moins à une préférence avérée manifestée par les caisses de pension qu'à une spécificité du marché financier helvétique, où la plupart des établissements bancaires offrent simultanément leurs services dans les trois segments de la gestion de fortune, du courtage et de la garde des titres.

Pour les banques, cette formule est certainement avantageuse, car elle leur fournit la possibilité de bénéficier de trois sources complémentaires et simultanées de revenus; on se permettra toutefois de douter qu'elle constitue (toujours) la solution la meilleure ou la plus avantageuse pour les institutions de prévoyance, en raison d'une transparence souvent insuffisante ou de coûts effectifs totaux potentiellement plus élevés.

Alors, plutôt le menu du jour ou à la carte? Il vaut certainement la peine d'étudier et de comparer attentivement la carte et le menu, pour choisir en connaissance de cause et pour s'éviter de mauvaises surprises, au moment de régler l'addition.

* Docteur en sciences politiques, expert en assurances de caisses de pension, administrateur délégué, Robeco Institutional Asset Management (Suisse) SA, g.lusenti@riam.ch