Sanjeev Shah a débuté sa carrière dans l'alimentaire, chez Unilever. Aujourd'hui, il détient encore quelques titres de cette société dans son fonds en actions européennes, le Fidelity European Aggressive Fund. Toutefois, sa préférence va, dans la consommation, aux titres des médias.

Le Temps: Vous êtes responsable d'un fonds de 3,2 milliards d'euros. En quoi votre travail est-il différent de celui d'un gérant d'un petit fonds?

Sanjeev Shah: Le premier portefeuille que Fidelity m'avait confié, un fonds en actions britanniques, avait une fortune d'environ 100 millions d'euros. Avec 3,2 milliards d'euros, je ne peux plus acheter des sociétés dont la capitalisation est inférieure au demi-milliard d'euros. Avant, j'achetais des capitalisations de 100 millions d'euros. Céder ou construire une position nous prend plus de temps avec un grand fonds.

- Combien de jours vous faudrait-il pour vendre votre première position, Reed Elsevier?

- Deux à trois jours, mais pour d'autres actions cela pourrait aller jusqu'à six séances. Mon portefeuille compte plus de 100 titres.

Les 10 premières positions forment 39% de l'ensemble de la fortune. Cependant, j'achète aussi des sociétés moins importantes. Ma plus petite ligne peut représenter 0,3% du portefeuille.

- Un achat si minuscule a-t-il un sens?

- Il se justifie de deux façons. Je veux aussi détenir des titres qui ont un potentiel d'appréciation de 40%, titres que l'on ne rencontre pas dans les capitalisations supérieures à 1 milliard d'euros. Le contrôle du risque légitime également de petits achats. Prenons le secteur des services aux entreprises pétrolières, que j'apprécie. C'est un petit segment, je pourrais y prendre un titre unique, représentant 3% du portefeuille, il est plus raisonnable d'en avoir 4 ou 5, totalisant cette même proportion.

- Votre seconde position est Total, pourquoi détenez-vous un tel titre avec un pétrole dont les prix déclinent depuis six semaines?

- Un pétrole dont les prix déclinent... (rire). Les sociétés pétrolières intégrées se payent à un prix qui correspond à un pétrole à 40 dollars le baril. Il reste de la marge. Je suis persuadé qu'à long terme le prix du brut sera supérieur à ces 40 dollars, par le simple fait de l'offre et de la demande.

Total génère des cash-flows importants et ne se laisse pas aller à des rachats d'entreprises dispendieux. Les liquidités de l'entreprise sont utilisées à bon escient pour accroître la production, pour la croissance interne. Par ailleurs, Total détient une participation dans Sanofi qui pourrait être revendue.

- Vous détenez beaucoup de titres des médias, pourquoi?

- Ils représentent 12% du portefeuille. Outre Reed Elsevier, Reuters fait partie de nos 10 premières positions. Le secteur et ces titres ont été pénalisés par la menace d'Internet et par la fragmentation de la télévision. A la réception classique s'est ajoutée la télévision par câble et par satellite. Mais le secteur recèle de la valeur. J'apprécie les sociétés qui vendent des informations aux entreprises. Dans le cas de Reed Elsevier, 40% du chiffre d'affaires est réalisé grâce à des informations livrées par Internet. Ce sont, par exemple, des articles de lois où des programmes de formation. Avec Internet, il est possible de servir des clients plus lointains et chacun d'entre eux est plus enclin à acheter plus d'informations.

- Novartis est votre quatrième position, pourquoi?

- J'apprécie les titres pharmaceutiques. Pendant plusieurs années, le secteur a été laissé de côté par le marché qui a mis en avant les petites capitalisations, les sociétés cycliques, l'énergie et les marchés émergents. Le secteur pharmaceutique a sous-performé, il est maintenant à un niveau intéressant. De plus ces entreprises ont actuellement de nombreux médicaments en phase II (à un stade avancé de tests cliniques). En plus de ces avantages, Novartis a une participation de grande valeur dans Roche.

Cependant, il existe un risque. Novartis dispose de trop de liquidités, il ne faudrait pas qu'elle procède à une acquisition trop coûteuse, je préférerais que la société suive une autre voie. J'espère que Novartis rachètera une partie de ses propres titres.