En quête d’un gendarme de la finance

Autorité Vendredi, Patrick Raaflaub, l’actuel directeur, quittera la Finma

Les candidats ne se précipitent pas pour lui succéder

Mark Branson, qui assurera l’intérim, fait figure de favori

C’est ce vendredi que Patrick Raaflaub pliera bagage et quittera, après cinq ans de service, le gendarme des banques et des assurances suisses, la Finma. Il dirigeait l’institution qui délivre des licences bancaires depuis sa création, en 2009. Ce départ brutal a été annoncé à la mi-janvier, sans autres explications que l’envie de cet ex-cadre du réassureur Swiss Re d’un «nouveau défi».

Première difficulté, le favori, Hugo Bänziger, a glissé entre les doigts de la Finma. Nommé associé de Lombard Odier, l’Appenzellois, ex-responsable des risques de Deutsche Bank, a expliqué au Temps la semaine dernière: «L’offre de la Finma est arrivée trop tard.»

De là, les regards se sont toujours plus tournés vers celui qui assurera l’intérim dès la fin de la semaine, Mark Branson. De nationalité britannique, ancien d’UBS qui était allé s’excuser au nom de la banque devant le Sénat américain pour les pratiques d’encouragement à l’évasion fiscale, il ne fait pas l’unanimité, mais les obstacles commencent à se réduire. Parmi les politiques, certains sont favorables à une telle nomination. Le conseiller aux Etats Luc Recordon (Les Verts/VD) estime d’ailleurs qu’une nomination de Mark Branson serait «logique», même si «son parcours à UBS n’en fait pas un candidat idéal». «Mais y a-t-il vraiment un candidat idéal pour une telle fonction, sachant qu’en plus, les possibilités de rémunération sont limitées par rapport au secteur?»

Il touche un point sensible. Les candidats ne se bousculent pas pour rejoindre une autorité qui subit toujours plus de pressions. Trop rigide, peu intéressée au développement de la place, fermée au dialogue, mauvaise communicatrice: les critiques s’accumulent autour de la Finma. C’est le conseil d’administration à qui incombe la mission délicate de nommer le nouveau directeur, après avoir reçu l’accord du Conseil fédéral. Le régulateur n’a pas donné de ­calendrier pour la succession.

Trouver le profil idéal ressemble un peu à la quadrature du cercle, rappelle l’avocat Carlo Lombardini. «Soit le candidat vient des milieux bancaires et certains le jugeront compromis car trop susceptible de donner l’apparence de conflits d’intérêts. Soit le candidat vient des milieux académiques et, là, d’autres lui reprocheront de ne pas connaître assez bien le fonctionnement pratique des activités des assujettis», souligne l’avocat.

Pour certains, ces changements pourraient être l’occasion de renouveler d’un coup toute la direction de la Finma. Sa présidente, Anne Héritier Lachat termine son mandat à fin 2015. Quelques jours avant l’annonce de Patrick Raaflaub, la presse dominicale ­annonçait d’ailleurs qu’elle avait l’intention de démissionner, information aussitôt démentie par l’institution.

Hans-Peter Portmann, vice-président de l’Association bancaire zurichoise et député cantonal libéral-radical, juge que «la question se pose de savoir si, actuel­lement, il ne faudrait pas réfléchir à une nouvelle attribution d’ensemble des postes, voire restructurer les organes de direction de la Finma de manière complète».

La question de la promotion de la place financière s’immisce également dans les débats. Patrick Raaflaub jugeait que ce n’était pas le rôle de l’autorité de surveillance. Beaucoup pensent au contraire qu’elle devrait davantage s’en préoccuper. Selon l’article 7 de la loi sur la Finma, l’instance adopte des ordonnances et des circulaires en tenant aussi compte des «effets de la réglementation sur la concurrence, sur la capacité d’innovation et sur la compétitivité internationale de la place financière suisse».

«Trouver le profil idéal ressemble un peu à la quadrature du cercle»