Il est tombé dans le bois étant petit. Jean-Pierre Favre est membre d’une longue lignée de menuisiers. Sauf que lui a suivi la voie du marketing. De cet assemblage pédagogique est né Quickmeuble. C’était en 2009, dans la zone industrielle de Meyrin. «La paternité du concept revient à mon associé Jacques Burkardt», signale l’entrepreneur.

Meubles sur mesure

L’idée? Confectionner des tables, des bureaux et des armoires basiques, aux gabarits et coloris souhaités, sans se ruiner. «En inventant l’e-menuiserie, on a voulu démocratiser le meuble sur mesure», résume Jean-Pierre Favre, dont l’enseigne de 200 m2 emploie cinq salariés. Son modèle d’affaires tient surtout à un configurateur en ligne plus convivial que chez la concurrence. Simple d’utilisation, l’outil permet de dimensionner à volonté son mobilier, en quelques clics de souris.

Seule limite à la fantaisie: 45 teintes, de la plus sobre à la plus osée – le vert pomme ou le rose princesse marchent très bien –, et trois matériaux pour la structure de base (particule mélaminée, fibre à densité moyenne, trois plis sapin). «On pourrait offrir plus, comme des structures sous pente ou asymétriques, mais la modélisation deviendrait trop technique pour le grand public», prévient le quadragénaire, qui préfère axer ses efforts sur le volet émotionnel de sa marque. Comme lancer l’autocollant sur mesure pour personnaliser son étagère. «On veut devenir l’Apple du meuble, sortir des sentiers battus pour réinventer la branche», indique-t-il.

La microentreprise entend ainsi essaimer son «Made in Geneva» à travers le monde. «Notre clientèle est suisse (ndlr: 50% de particuliers, 50% de professionnels). L’objectif est de vendre nos produits en France, puis d’entrer rapidement sur le marché allemand», détaille notre interlocuteur, qui espère doubler ses effectifs tout comme son chiffre d’affaires en le portant à 1,5 million de francs cette année.

L’une des étapes de son plan consiste à lever 3 millions de francs. «Si tout se passe comme prévu, on pourrait délocaliser notre production», lâche subitement Jean-Pierre Favre. Sacrilège, en Chine? «C’est exclu à cause de nos volumes et du fait que chaque commande est unique. Si l’on déménage, c’est plutôt à Fribourg ou, au pire, en Alsace», rétorque-t-il. Adieu donc au «Geneva et autre Swiss made». «La recherche et le développement restent ici. On fabrique des produits esthétiques et déstandardisés, de qualité et avec une meilleure durée de vie», poursuit Jean-Pierre Favre, qui ne se démonte pas face à des géants comme Pfister, Interio ou Micasa, détenteurs des trois quarts du marché de l’ameublement en Suisse.

Niche du marché

Le Genevois est en moyenne quatre fois plus cher qu’eux. Pour obtenir son Quickmeuble, il faut donc aussi compter quatre à cinq semaines de délai de livraison. «Notre but n’est pas de faire du Ikea amélioré. On travaille sur une niche, à cheval entre les grands distributeurs et les menuisiers», conclut l’associé de la start-up qui comptabilisait le 25 juillet dernier, depuis sa création, plus de 3000 commandes, soit une production moyenne mensuelle de 100 meubles.