La Bourse plonge, l'économie américaine montre des signes inquiétants de ralentissement et la locomotive allemande commence à s'essouffler elle aussi, mais l'Europe fait le gros dos. Les Quinze ont assuré vendredi que l'Union européenne pourra respecter sa prévision de croissance de 3% cette année. Un message de confiance qu'ils ont étayé en s'engageant à intégrer leurs marchés financiers à l'horizon 2005. Une harmonisation jugée capitale pour améliorer la compétitivité de l'économie européenne, thème central du sommet de Stockholm.

Soucieux de rassurer au premier jour d'un sommet essentiellement consacré aux réformes et à la modernisation de l'économie européenne, les dirigeants des Quinze ont réaffirmé comme un seul homme que l'Union ne devrait pas souffrir des incertitudes pesant sur la conjoncture mondiale. «Je pense que nous serons tous d'accord pour donner un message d'optimisme», a déclaré le Premier ministre français Lionel Jospin, en nuançant son propos: «Optimisme réaliste, bien sûr, mais optimisme.»

Les chefs d'Etat et de gouvernement ont donné un signe de leur volonté affichée l'an dernier à Lisbonne de faire de l'économie européenne «la plus compétitive du monde» à l'horizon 2010, en décidant d'accélérer l'intégration de leurs marchés financiers, aujourd'hui morcelés. Suivant les recommandations d'un comité de «sages» présidé par le banquier belge Alexandre Lamfalussy, ils se sont engagés dans une résolution à bâtir d'ici à 2005 un véritable «marché unique» des valeurs mobilières.

«Décision historique»

Le compromis laborieusement négocié par leurs ministres des Finances prévoit la mise en place d'un Comité européen des valeurs mobilières, doté d'une fonction réglementaire et composé de représentants des Etats membres. Avec l'aide d'un Comité des régulateurs européens des marchés des valeurs mobilières au rôle consultatif, il sera chargé de fixer les règles techniques régissant le marché des actions et obligations.

Le commissaire européen responsable du Marché intérieur, Frits Bolkestein, s'est félicité de cette «décision historique». De fait, même si la création d'une autorité réglementaire unique a été écartée à ce stade, la solution retenue contribuera à accélérer l'adoption de règles. Et permettra, du coup, d'agir plus vite face à la volatilité des marchés. De quoi doper la compétitivité européenne en offrant aux investisseurs les avantages d'un marché aussi performant qu'aux Etats-Unis. Les chiffres parlent d'eux-mêmes: le rendement réel des fonds de pension s'est élevé de 1984 à 98 à 10,5% outre-Atlantique, contre 6,3% en Europe.

En dépit de cette percée, la stratégie de Lisbonne visant à assurer le plein emploi d'ici à la fin de la décennie bute encore sur de sérieux obstacles. Alors que la Commission de Bruxelles vient de débloquer 200 millions d'euros, la Grande-Bretagne et les Pays-Bas refusent de mettre la main à la poche pour financer le lancement du programme européen de navigation par satellite Galileo, estimé à 3,25 milliards d'euros (5 milliards de francs) dans sa phase initiale. Pas de quoi inciter le secteur privé à soutenir ce projet qui, à l'instar d'Airbus ou d'Ariane, permettrait aux Quinze de s'affranchir de la domination américaine.

Opposition de la France

La France s'oppose toujours farouchement à l'ouverture à la concurrence des marchés du gaz et de l'électricité en 2005. «Nous sommes opposés à la fixation précipitée de dates de libéralisation totale», a martelé Lionel Jospin. Et le premier ministre de souligner que les coupures d'électricité en Californie et les problèmes de sécurité du rail en Grande-Bretagne ont montré «qu'il ne peut y avoir de libéralisation sans régulation».

A un an de l'élection présidentielle, la France refuse de s'engager sur ce terrain glissant. Au grand dam de la plupart de ses partenaires. A l'exception notable de l'Allemagne, pourtant favorable à une libéralisation encore plus rapide, qui fait profil bas. En témoigne ce commentaire de son ministre des Finances, Hans Eichel: «Il y a une position française ferme qui rend les décisions sur un calendrier impossible avant les élections.»