Combien va coûter aux contribuables britanniques le plan de secours bancaire? La somme qui pourrait être injectée dans les banques, 50 milliards de livres (100 milliards de francs), est démesurée. Elle représente 3,3% du PIB. Cela porterait le déficit à 6% du PIB cette année!

Mais derrière ces chiffres impressionnants se cache peut-être une bonne nouvelle: si le plan fonctionne, il ne coûtera pas grand-chose... En revanche, s'il échoue, les finances publiques britanniques mettront très longtemps à s'en remettre.

L'exemple de Northern Rock est à ce titre très intéressant. Lors de sa nationalisation, cette banque a reçu un prêt de 24 milliards de livres (48 milliards de francs) de la Banque d'Angleterre. Moins d'un an après, un peu plus de la moitié a déjà été remboursé.

Mieux: Northern Rock est actuellement obligée de refuser des clients. «Les récentes turbulences dans les marchés financiers ont mené un flot important de nouveaux dépôts (dans notre banque)», affirmait la direction la semaine dernière. En d'autres termes, ne sachant plus à quel saint se vouer, les Britanniques choisissent la banque qui est paradoxalement la plus sûre - parce que garantie par l'Etat - pour y mettre leur argent. La blague qui court à la City est que tous les gérants de hedge funds y ont ouvert un compte.

Northern Rock, lors de sa nationalisation, avait promis de ne pas dépasser 1,5% de parts de marché du système bancaire, afin de ne pas abuser de son avantage compétitif. Elle a donc décidé de retirer du marché six produits d'épargne qui sont particulièrement populaires.

Mais même si le prêt de 24 milliards de livres est entièrement remboursé, le risque pour le contribuable britannique n'aura pas complètement disparu. Le Bureau national des statistiques évalue à 85 milliards de livres (170 milliards de francs) la dette de Northern Rock sur les comptes publics. Les contribuables sont en effet propriétaires du portefeuille de prêts immobiliers de la banque. Récession oblige, les non-remboursements risquent d'être nombreux. Mais personne ne saura avec certitude avant plusieurs années le montant final.

Il en va de même avec l'injection de capital dans les banques. Celle-ci se fera en échange d'une prise de participation du gouvernement, qui finira par être revendue. Quand les autorités suédoises ont fait de même dans les années 1990, elles ont gagné de l'argent.

«Personne ne sait ce que le coût pour le contribuable va être, mais cela augmente le risque», affirme Carl Emmerson, vice-directeur de l'Institute for Fiscal Studies. Avant d'ajouter: «Mais même si cela coûte cher, peut-être que cela aurait été encore pire si le gouvernement n'avait rien fait.»