Le Temps: Quels actifs faut-il préférer en 2011?

Michel Girardin: Actions, matières premières et or sont les trois actifs que nous conseillons à l’UBP.

François Gilliéron: Privilégier l’or, c’est un peu facile et cela me rappelle la formule napoléonienne: «Les baïonnettes, on peut tout faire avec, sauf s’asseoir dessus.» Le métal jaune, c’est l’opposé, actif fondamentalement stérile que les gouvernements pourront manipuler ou bloquer à leur guise le moment venu. De plus, le fait que l’or ait fait cinq fois la mise au cours de la décennie montre que nous sommes sans doute déjà dans une bulle.

Michel Juvet: C’est la première fois que des investisseurs non occidentaux ont autant d’influence sur les actifs financiers. Si je suis un Asiatique, je suis confronté à une inflation galopante et je dois acheter des matières premières et de l’or pour protéger mon portefeuille. Les perspectives 2011 étant toujours les mêmes – inflation et création de monnaie –, ils vont continuer à acheter de l’or et des matières premières. Moralité, il faut tenir compte du fait que beaucoup de personnes dans le monde veulent de l’or ou des matières premières.

Michel Girardin: Par ailleurs, l’or est le seul actif qui n’est pas corrélé aux autres véhicules de placement dans le cas d’une inflation issue d’une monétisation excessive de la dette.

Michel Juvet: Mais il y a quand même un côté troublant. Lorsque la hausse d’un actif est parabolique – plus de 100% en trois ans –, il faut être prudent et ne pas se précipiter maintenant à n’importe quel prix. Un renversement de la politique monétaire américaine lui serait fatal.

M. Gi.: Il faut garder l’or comme actif diversifiant. Dans le cas où une centrale nucléaire exploserait…

– Qu’en est-il des emprunts émis par les Etats?

– A. H.: Chez UBS, nous ne sommes pas friands d’obligations gouvernementales. Il nous faut rééduquer les clients et leur expliquer que les risques ne sont plus là où ils étaient traditionnellement. On peut toujours discuter de savoir si un krach obligataire aura lieu ou pas. Dans les faits, il s’est déjà produit pour les Italiens et pour les Grecs. J’ai un peu l’impression que l’on vit là les prémices de ce qui pourrait se passer au cœur de l’Europe, voire aux Etats-Unis.

– M. Ju.: Le marché des actions est bien plus attractif. Mais je n’achèterais pas n’importe quel titre. Les entreprises européennes qui génèrent des bénéfices importants sur les marchés émergents sont intéressantes. Aujourd’hui, il est plus attrayant d’acheter une société européenne présente en Chine que d’acheter une entreprise chinoise, généralement beaucoup plus chère, moins transparente et qui n’a pas forcément une croissance avérée à long terme. Pour moi, les marchés émergents en tant que tels font partie des risques importants à suivre l’année prochaine. Les flux de capitaux s’y sont tellement déversés qu’ils sont désormais extrêmement sensibles à un changement d’émotion de la part des investisseurs étrangers.

– A. H.: Aujourd’hui, tout le monde veut aller sur le marché chinois pour profiter de sa croissance. Mais on oublie trop souvent qu’il comprend seulement trois secteurs – énergie, télécommunications et finance. Et un – les banques – où je ne mettrai pas les pieds. Par contre, il n’y a pas d’industrie en tant que telle.