Les nouveaux quotas à l'importation des produits textiles chinois font grincer des dents les détaillants européens. Sans pour autant crier au loup, l'industrie des machines s'en ressent aussi. Le bénéfice du vendeur de métiers à tisser Rieter (ZH), publié mardi, chute de 19% au premier trimestre. Mais le groupe est flexible et réagit bien.

L'Union européenne (UE) et la Chine avaient conclu début juin un accord pour freiner la déferlante du textile chinois qui durait depuis janvier, date de la libéralisation du marché. En réintroduisant un système de quotas, l'UE voulait «donner une bouffée d'oxygène aux industries textiles d'Europe et des pays en développement», expliquait le commissaire au Commerce Peter Mandelson.

Comme la Chine vient d'épuiser ces nouveaux quotas à l'importation de pulls et de pantalons, les importateurs tels Hennes & Mauritz se plaignent que le manque à gagner va approcher les 800 millions d'euros, indiquait le Financial Times lundi. Ils demandent une réadaptation du système.

A défaut de bouffée d'oxygène, le groupe Rieter doit retenir sa respiration. Les ventes de Textile Systems, un de ses deux divisions avec la commercialisation de tapis isolant pour l'automobile, ont baissé de 13% au premier semestre, à 506 millions de francs. L'Asie (avec la Turquie) est le principal débouché de ses machines à tisser. Elle compte pour 58% des ventes du segment textile, qui génère un tiers des recettes du groupe. La division automobile est restée pratiquement stable à 1,026 milliard de chiffre d'affaires.

«Les ventes du segment textile ont le plus reculé en Chine et au Pakistan par rapport à l'an passé, indiquait Harmut Reuter, directeur de Rieter. Nous constatons par contre une augmentation des entrées de commandes en Inde, au Bangladesh et en Corée du Sud. Mais la demande de ces pays n'a pas pu compenser la baisse des volumes chinois.»

Cette évolution défavorable ne fait pas démordre l'entreprise de Winterthur dans la poursuite de ses opérations textiles en Asie. Rieter veut continuer à développer ses capacités en Chine et en Inde. Ce d'autant plus «que les commandes de juin et de juillet montrent des signes de reprise», indique le directeur de Rieter. En répartissant ses capacités sur différents marchés exportateurs de textile, Rieter peut réduire les effets cycliques de la branche. Au grand bonheur des importateurs, qui peuvent faire jouer la concurrence.

«A la différence de Saurer, Rieter n'a pas communiqué un message clair sur la fin de l'incertitude concernant la demande chinoise en biens d'équipement», explique Beat Fueglistaller, analyste à la banque Vontobel. «Il n'empêche que Rieter montre une grande flexibilité malgré la baisse de ses ventes en affichant une marge sur le bénéfice de 6%, ce qui n'est pas le cas de son concurrent suisse Saurer», complète l'analyste. Le marché a réagi très positivement: l'action Rieter a gagné 3,91% mardi à 391,75 francs.