Le sommet franco-allemand sur le numérique organisé mardi à l’Elysée n’aura donc pas seulement été un coup de communication. L’annonce, dans la foulée, d’un investissement de 25 millions d’euros de la banque européenne d’investissement (BEI) présidée par l’Allemand Werner Hoyer dans le moteur de recherche européen Qwant.com a permis de remettre sur le tapis l’idée d’un autre Google, de ce coté-ci de l’Atlantique. Jusque-là, le principal soutien financier de Qwant, lancé en juillet 2013 par des développeurs français, était le groupe de presse allemand Axel Springer (partenaire de Ringier, propriétaire du Temps) qui avait misé 5 millions d’euros en 2013 et reste détenteur de 20% de son capital.

Rivaliser avec les trois milliards de requêtes mondiales traitées chaque jour par le géant américain Google est bien sûr hors d’atteinte.

La nécessité d'une alternative à Google

L’objectif de Qwant est, disent ses partisans, avant tout politique. Rivaliser avec les trois milliards de requêtes mondiales traitées chaque jour par le géant américain Google est bien sûr hors d’atteinte. Insister sur la nécessité de disposer d’un autre outil de recherche, et d’un développeur européen est en revanche un bon moyen de peser sur les propositions en cours de la Commission européenne en matière de normes numériques. «La France et l’Allemagne ont un intérêt commun: offrir le cadre réglementaire le plus propice à leurs entreprises grâce à une réglementation différente de celle des Etats-Unis sur la neutralité de l’internet ou la protection des données «note un proche collaborateur d’Angela Merkel. Un autre objectif est de faire davantage émerger, dans les recherches, les sites européens. «Nous surfons soit sur des sites webs nationaux, soit sur des sites américains poursuit notre interlocuteur. Il n’y a pas encore d’offre européenne. Qwant, là aussi, peut permettre un certain rattrapage».

L’axe numérique franco-allemand est une des priorités de l’actuel ministre français de l’économie Emmanuel Macron qui s’investit beaucoup dans la promotion du savoir-faire digital hexagonal. Il a lancé aux Etats-Unis, en juin, la «French Touch Conference" destiné aux investisseurs et entrepreneurs français basés là-bas. Mardi matin, il s’est rendu à l’école 42, l’incubateur informatique parisien financé par Xavier Niel, le patron d’Iliad (propriétaire de Free) et actionnaire du quotidien Le Monde. Et vendredi matin, le ministre sera présent pour l’introduction en bourse de Showroomprivé.com, un acteur clé du déstockage en ligne, qui revendique prés de cinq millions de membres. Preuve de l’âpre compétition dans ce secteur, la plate -forme musicale française Deezer vient en revanche de suspendre sa propre introduction en bourse, annoncée fin septembre après la levée record de fonds par la société de covoiturage Blablacar.

L’investissement de la BEI dans Qwant s’inscrit dans le cadre du programme cadre européen de recherche Horizon 2020, auquel la Suisse participe financièrement. Coté français, le prochain pas gouvernemental attendu est la présentation, début 2016, du projet de loi sur «l’économie du savoir «et pour «une république numérique", dont la mise en consultation publique s’est achevée le 18 octobre.