Vos finances

Les rachats d’actions ne profitent-ils qu’aux managers?

Les distributions aux investisseurs sous formes de dividendes et rachats d’actions dépassent les bénéfices des entreprises. Les rachats d’actions sont très populaires, mais risquent d’affaiblir les entreprises

Une bénédiction ou une plaie? Les rachats d’actions conduisent à une baisse du nombre de titres et à une hausse du bénéfice par action. Le processus profite donc aux rémunérations des managers basées sur le bénéfice par action même si elles détériorent le bilan des entreprises, selon une étude de Barings. Les directions et les consultants qui façonnent ces systèmes devraient les réformer, ajoute la banque.

Distribuer 117% du bénéfice?

Au total, aux Etats-Unis, les entreprises distribuent 117% du bénéfice net sous forme de dividendes et de rachats d’actions au cours des 12 derniers mois, selon Barings. Seul le quart des entreprises ne procède pas à des rachats d’actions. La part des bénéfices distribués aux actionnaires sous forme de rachat d’actions dépasse d’ailleurs celle des dividendes, selon Aswath Damodaran, professeur à la Stern School of Business à l’université de New York.

A lire aussi: Swatch Group lance des rachats d’actions

Si les managers en profitent, qu’en est-il des actionnaires? L’investisseur ne devrait pas courir à la chasse aux entreprises susceptibles de lancer de généreux programmes de rachats d’actions. L’indice Nasdaq a gagné 90,3% en cinq ans, l’indice Nasdaq Buybacks seulement 86,3%. La sous-performance est de 1,3% par an, selon le Financial Times. Mais soyons juste: l’indice S&P 500 Buybacks surperforme lui l’indice S&P 500 de 2,8% par an depuis cinq ans. Impossible de conclure. Le débat est lancé.

Dans sa dernière lettre aux investisseurs, Warren Buffett estime que le rachat d’actions n’est sensé pour une entreprise que si le cours du titre est inférieur à sa valeur intrinsèque: «Ce qui est intelligent à un certain prix est stupide à un autre», écrit-il. L’ancien vice-président américain Joe Biden et le patron de BlackRock, Larry Fink, se révèlent très critiques à l’égard de ce phénomène, d’autant que les rachats d’actions sont de plus en plus financés par des emprunts à court terme (FT 1.3).

Les entreprises soutiennent la bourse

Si les investisseurs non-américains ont réduit de 148 milliards de dollars leurs avoirs en actions américaines, et les caisses de pension américaines de 127 milliards, la demande d’actions a été soutenue par les entreprises elles-mêmes, à hauteur de 644 milliards, selon David Kostin, chef analyste de Goldman Sachs. Ce dernier estime que les rachats de titres ont été la principale source de demande d’actions depuis la crise financière.

A lire aussi: Une pluie de dividendes est attendue en 2017

Le niveau des bénéfices entrepris ne pose pas de problème. Il permet de généreuses distributions aux actionnaires et le financement des investissements. Les bénéfices des sociétés américaines dépassent 2000 milliards de dollars et les dividendes s’approchent de 1000 milliards, selon Barings. Les investissements privés (hors de la construction de logements) s’élèvent eux à 2300 milliards de dollars, soit 12,5% du PIB.

«Les entreprises doivent davantage s’endetter»

Mais attention à la qualité du crédit! «Les entreprises doivent davantage s’endetter si elles veulent financer les dividendes, les rachats d’actions, les coûts d’investissement et d’autres dépenses comme les fusions et acquisitions ou les frais de recherche et développement», écrit Barings. Il est possible que le bénéfice d’exploitation puisse couvrir les distributions aux investisseurs, mais le cash-flow est forcément réduit.

Pour les entreprises appartenant à l’indice S&P 500, les dividendes totalisent 400 milliards de dollars et les rachats d’actions 533 milliards de dollars. Selon FactSet, pour un quart des entreprises, les rachats d’actions dépassent le niveau du bénéfice (sur 12 mois, au troisième trimestre 2016). Les chiffres sont impressionnants, mais Barings part de l’idée que l’augmentation des distributions aux investisseurs va se ralentir à l’avenir. Il est vrai que le niveau de 2007 a été dépassé en 2016 et que le total se rapproche du record de 2008.

Un quart des entreprises sans rachats d’actions

En fait, un quart des entreprises n’est pas tenté par les rachats d’actions. D’importantes différences sont à prendre en compte selon les branches d’activités. Les leaders sont les services informatiques, malgré leur besoin de financer de coûteuses acquisitions. La consommation cyclique, la finance et l’industrie font partie des principaux acteurs de cette pratique. Les télécommunications et les services aux collectivités préfèrent verser des dividendes élevés.

Selon FactSet, les rachats d’actions ont commencé à diminuer dès l’été dernier. Il n’en reste pas moins que les distributions totales aux investisseurs dépassent le total des bénéfices depuis le deuxième trimestre 2015.

Pour une entreprise, les rachats d’actions sont attractifs pour d’innombrables raisons: c’est un moyen de distribution du bénéfice fiscalement plus attractif que le versement du dividende, indique Barings. C’est aussi un bon moyen de réduire les liquidités excessives et une opportunité pour réduire les effets de l’impôt sur les sociétés en se finançant par la dette (dont les intérêts peuvent être déduits). Cette dernière peut d’ailleurs être remboursée par les bénéfices des filiales étrangères. En outre, l’impact est négligeable sur les investissements puisque les entreprises ne rencontrent aucun problème à obtenir des crédits.

Les motivations des directions ne sont toutefois que rarement identiques aux préférences des actionnaires

Mais les rachats d’actions détériorent la qualité du crédit des entreprises et pénalisent donc les investisseurs obligataires. L’actuel ralentissement du processus est donc apprécié.

A l’avenir, en raison de la hausse des taux, les conditions-cadres devraient se détériorer pour les rachats d’actions et l’émission d’emprunts d’entreprises, assure Barings. «Les motivations des directions ne sont toutefois que rarement identiques aux préférences des actionnaires», regrette l’étude.

Publicité