Ce n’est pas parce que Novartis a rendu sa liberté à l’entreprise Alcon en 2020 qu’il a renoncé à s’occuper de nos yeux. Le groupe bâlois a annoncé mardi le rachat d’Arctos Medical, une start-up bernoise qui entend lutter contre la cécité due à des maladies génétiques ou à des formes de dégénérescence maculaire. Le montant de la transaction n’a pas été communiqué.

Fondée par des scientifiques bernois en 2012, l’entreprise, encore au stade préclinique, explore le potentiel des thérapies géniques basées sur l’optogénétique (une discipline qui recourt à l’optique et au génie génétique). Elle cherche en priorité à remédier à la dystrophie rétinienne, un mal héréditaire dû à des mutations de gènes.

Selon les communiqués de presse publiés par les deux sociétés, environ 2 millions de personnes sont touchées par cette affection dans le monde. Elles voient progressivement leur champ visuel se réduire, rencontrent toujours plus de difficultés pour voir lorsque la luminosité est faible ou n’arrivent plus à distinguer les couleurs. La plupart d’entre elles perdent leur vue sans perspectives de traitement.

Remplacer les photorécepteurs

L’approche de Sonja Kleinlogel et Michiel van Wyk, les géniteurs de la société, consiste à créer des photorécepteurs de remplacement. Pour ce faire, ils vont délivrer au patient un optogène qui va s’exprimer dans des cellules spécifiques de la rétine. Le procédé emploie comme vecteur des virus non pathogènes.

Cette méthode permet des réponses rapides et variées à la lumière ambiante. Une fois activées, les cellules ciblées engagent des circuits internes à la rétine pour maximiser la qualité du code visuel envoyé au cerveau.

«Nous avons vu cette technologie se développer et se muer en un programme thérapeutique qui complète et étoffe notre portefeuille», relève dans le communiqué de presse Cynthia Grosskreutz, responsable de l’ophtalmologie au sein de l’institut biomédical de Novartis. Le groupe pharmaceutique a en effet suivi la jeune pousse de près. Il a participé en 2019, via son fonds Novartis Ventures, à son premier tour de financement qui a permis de lever 8 millions de francs pour soutenir ses travaux.

Un large potentiel

Arctos Medical a été incubée par +ND Capital (anciennement NanoDimension), un fonds américano-suisse, créé par l’entrepreneur Aymeric Sallin, rejoint ensuite par le professeur émérite et ancien président de l’EPFL Patrick Aebischer.

Avec cette acquisition, Novartis confirme ses ambitions dans le domaine ophtalmologique puisqu’il a également acheté en octobre 2020 la société Vedere Bio, basée à Cambridge, aux Etats-Unis. Le groupe a déboursé 150 millions de dollars pour mettre la main sur cette société également active dans les thérapies géniques destinées à restaurer la vision.

En absorbant Arctos Medical, le géant pharmaceutique espère jouer les premiers rôles dans ces nouvelles formes de traitements. Au-delà des dystrophies rétiniennes héréditaires, elles pourraient par exemple aussi être utilisées pour traiter la dégénérescence maculaire liée à l’âge qui touche 170 millions de personnes. Selon Novartis, il n’existe à ce jour pas de traitement curatif contre ce qui est considéré comme la première cause de handicap visuel.

Comment ça marche: Un aveugle recouvre partiellement la vue grâce à une thérapie génique innovante