L'américain Chevron a annoncé lundi le rachat de Texaco dans une transaction par échange d'actions. Après quelques mois de répit, l'industrie pétrolière a ainsi repris sa vague de fusions-acquisitions. Deux ans avant cette opération de rachat, le secteur pétrolier avait vécu la plus grande concentration de son histoire. En quelques mois, des géants comme Exxon Mobil, BP Amoco et Royal Dutch/Shell Group sont nés pour pallier, entre autres, la baisse du prix du pétrole. Aujourd'hui le baril de brut est au plus haut, mais le rachat de Texaco par Chevron n'est, selon les analystes, qu'une réaction tardive au processus de concentration initié en 1998.

La valeur de cette opération avoisine les 35 milliards de dollars et, de cette fusion, naîtra le quatrième groupe pétrolier mondial. Cette annonce officielle ne fait que confirmer les informations dévoilées par les sites Internet du Wall Street Journal et du Financial Times en fin de semaine passée.

Le nouveau groupe Chevron Texaco pourra compter sur 50 000 stations-service afin d'augmenter son chiffre d'affaires. Il aura ainsi la possibilité de procéder à de nombreuses économies d'échelle. Si ce réseau de vente peut paraître très étendu, le chiffre d'affaires de la nouvelle entité sera tout de même inférieur à la moitié des ventes d'Exxon Mobil, le numéro un du secteur. Mais, en rachetant Texaco, Chevron va également reprendre la dette du groupe basé à White Plains qui se montait à 7 milliards de dollars au 1er juillet.

Deuxième tentative

Les modalités de l'accord ont été rendues publiques lundi. Pour chaque titre Texaco, Chevron veut offrir 0,77 de ses actions. Au cours en Bourse de lundi, la valorisation de Texaco serait ainsi de 18% de plus que ce que le marché offrait avant l'annonce de rachat. L'action du groupe Chevron valait 84,25 dollars et Texaco a commencé à 55,12 dollars en début de séance lundi à la Bourse de New York. Cette parité d'échange valorise Texaco à près de 35 milliards de dollars. David O'Reilly, l'homme qui tient aujourd'hui les rênes de Chevron, sera le patron du nouveau groupe et Peter Bijur, l'actuel PDG de Texaco, deviendra le numéro deux. Dans le communiqué de lundi, tous deux annoncent que San Francisco sera le nouveau siège du groupe et que les dirigeants de Chevron auront 9 des 15 sièges du futur conseil d'administration.

Ce n'est pas la première fois que le groupe pétrolier californien essaye d'acheter Texaco. En juin 1999, le conseil d'administration de cette dernière société a rejeté l'offre d'une valeur de 37,5 milliards de dollars après que les deux compagnies ont buté sur le prix et la mise en place de la nouvelle structure de direction. Kenneth T. Derr, le patron de Chevron à l'époque, avait demandé à être seul à la tête du groupe. Cette tentative de prise de commande sans aucune contre-partie avait irrité les hauts cadres de Texaco qui avaient refusé d'un revers de main l'offre de Chevron. Depuis, David O'Reilly a succédé à Kenneth T. Derr qui a pris sa retraite anticipée.

L'origine de Chevron remonte à 1900, quand la Pacific Coast Oil fusionne avec la Standard Oil pour créer l'empire de Rockefeller. Après le démantèlement de cet empire qui était devenu un monopole, l'emblème du chevron bleu-blanc-rouge n'est apparu réellement qu'en 1953. Finalement, le nom «Chevron» ne sera étendu à l'ensemble des sociétés qu'en 1989 et ce n'est qu'à partir de cette date que l'emblème est devenu une marque et une compagnie.

Avant cette fusion, les chemins de ces deux entreprises se sont croisés à plusieurs reprises. En 1936, toutes deux ont uni leurs efforts pour créer la marque Caltex. Cette dernière est actuellement très présente en Asie. De plus, avec ses 8000 stations-service, Caltex est implantée dans 60 pays.

De son côté, le groupe Chevron a une intégration verticale étant donné qu'il est présent dans tous les métiers du pétrole. La compagnie est active dans l'exploration, le raffinage, mais aussi dans la distribution ou les dérivés chimiques du pétrole. C'est la recherche d'une taille critique pour rester concurrentiel qui a provoqué la fusion avec Texaco.