Barclays, quatrième des principales banques britanniques, a annoncé vendredi le rachat de sa compatriote Woolwich pour 5,4 milliards de livres (13,77 milliards de francs) afin de se renforcer dans le crédit immobilier et sur Internet.

Le rachat, en actions et en numéraire, devrait être effectif en fin d'année après le feu vert des actionnaires de Woolwich, qui détiendront 11% de Barclays au terme de l'opération, attendue après l'annonce de discussions deux jours auparavant.

Doubler la part de marché du crédit immobilier

Barclays va ainsi plus que doubler, à près de 10%, sa part du marché britannique du crédit immobilier et mettre la main sur les activités Internet de Wool-wich (Open Plan, 290 000 clients actuellement et deux millions prévus pour 2002), perçues dans la profession comme imaginatives et prometteuses.

Barclays, récemment victime d'une défaillance de la sécurité de son service Internet, et Woolwich auront ensemble plus de 1,4 million de clients sur Internet et au total 16 millions de clients particuliers.

Un millier d'emplois seront supprimés. Barclays, qui a déjà supprimé 6000 emplois l'an dernier, emploie globalement quelque 70 000 personnes, et Woolwich 6500.

Woolwich, une ancienne mutuelle entrée en bourse en 1997, était handicapée par sa taille. Barclays est la quatrième banque du pays derrière HSBC, Lloyds TSB et Royal Bank of Scotland/National Westminster. Les deux marques seront conservées, Woolwich sera utilisée pour le crédit immobilier.

Le directeur général de Barclays, Matthew Barrett, s'est dit confiant lors d'une conférence de presse, que les autorités de la concurrence ne lui mettraient pas de bâtons dans les roues. «Je ne suis pas inquiet», a-t-il dit.

Le gouvernement britannique vient d'écarter l'idée de déférer systématiquement les fusions bancaires d'envergure devant la Commission de la concurrence, avancée en mars dans un rapport de Don Cruickshank devenu depuis le président de la bourse de Londres.

M. Cruickshank a d'ailleurs averti que les consommateurs ne trouveraient pas forcément leur compte dans le rachat de Woolwich. «Le marché des comptes courants va être plus concentré et je ne pense pas que ce soit forcément une bonne chose pour le consommateur», a-t-il jugé à la BBC-radio.

Le directeur général de Woolwich, John Stewart, considéré comme l'architecte de la réussite de son groupe dans Internet, deviendra directeur général adjoint de Barclays aux côtés de Matthew Barrett.

M. Barrett, en poste depuis l'an dernier, frappe ainsi son premier grand coup après des initiatives controversées comme la fermeture de nombreuses agences en Grande-Bretagne et un projet – abandonné – de rendre payant ces retraits aux distributeurs automatiques.

Barclays autofinancera ce rachat, jugé positivement par les principales agences de notation financière dès l'annonce des discussions. La banque avait annoncé la semaine dernière un quasi-doublement de son bénéfice avant impôts au premier semestre 2000, à 1,842 milliard de livres (3,038 mds EUR). Woolwich a affiché une baisse de 8,4% de son bénéfice avant impôts sur la période, à 232,3 millions de livres, en raison de ses investissements dans Internet.

La plupart des analystes s'attendent à d'autres regroupements. Parmi les prochaines proies, la bourse mise sur des anciennes mutuelles comme Abbey National à laquelle Lloyds TSB s'intéresserait.

La banque britannique avait été secouée fin 99/début 2000 par sa première offre hostile avec l'affrontement pour National Westminster de Bank of Scotland et Royal Bank of Scotland qui l'avait finalement emporté.