Après la disparition des systèmes de retraite hérités du communisme, les Etats d'Europe centrale ont choisi dans les années 2000 de créer des fonds de pension, suivant les recommandations du Fonds monétaire international (FMI). La Pologne avait déjà franchi le pas en 1997. Mesurait-on alors les risques de ce nouveau système?

Rafal Kierzenkowski: Le risque ne peut être évacué d'aucun système de pensions. Mais à l'époque, les citoyens étaient davantage sensibles au risque qui pesait sur le système par répartition. Les gouvernements des années 1990 avaient cherché à accorder divers privilèges à certaines catégories sociales. En outre, le système par répartition était insoutenable à long terme à cause du vieillissement démographique et des coûts budgétaires associés. Les Polonais craignaient que le versement de leurs pensions ne soit jamais effectif. Le nouveau système a donc été bien accueilli. Il y avait un large consensus sur la nécessité économique de réformer. C'est pourquoi, en 1997, les sociaux-démocrates ont voté la loi instaurant un système mixte combinant un premier pilier par répartition et un second par capitalisation, qui a introduit les fonds de pension. Cette loi ne sera appliquée que deux ans plus tard par les conservateurs arrivés au pouvoir.

- Sur 38 millions de Polonais, combien sont concernés par les fonds de pension?

- A fin septembre, 45% de la population au-delà de 15 ans était concernée. En 1999, l'adhésion n'a été rendue obligatoire que pour les personnes de moins de 30 ans. Les plus de 50 ans ont gardé intégralement le système par répartition. Quant aux 30-50 ans, ils ont eu le choix de rester intégralement dans le système par répartition ou d'adhérer aux deux piliers. Aucun pays de la zone n'a adopté les fonds de pension comme une panacée. En Pologne, seul un tiers des cotisations retraites est investi en actions et obligations.

- Quel volume représentent les actifs des fonds de pension?

- Ils représentent actuellement 40 milliards d'euros, soit environ 13,5% du PIB, contre 8,8% en 2005. Depuis la crise financière, il n'y a plus qu'un quart du portefeuille des fonds investi en actions, contre 38% mi-2007.

- Les sommes déposées sur les fonds sont-elles garanties par l'Etat?

- De nombreuses précautions ont été prises pour protéger les retraites des aléas du marché. Il y a plusieurs niveaux de garantie. Les quinze opérateurs privés actuellement sur le marché - polonais et étrangers - ont une obligation de performance minimale, ce qui est une première garantie. En cas de rentabilité insuffisante, l'opérateur doit puiser dans un fonds de réserves qu'il a dû constituer au fur et à mesure de son activité. Et si les sommes accumulées ne suffisent pas, il peut prélever le solde dans un fonds de garantie constitué par l'ensemble des fonds existants. En dernier recours, l'Etat intervient et couvre le déficit.

En outre, un comité de supervision du système financier contrôle le nombre de clients des opérateurs, la politique d'allocation des fonds collectés et leur rentabilité, qui reste positive en dépit de la crise. Le rendement moyen annuel est de 12,5% sur les trente-six derniers mois et de 11,5% depuis 1999. Environ les deux tiers des fonds collectés sont investis dans des actifs sans risque - bons du Trésor et obligations d'Etat. Enfin, un fonds ne peut pas investir plus de 5% de son enveloppe sur le marché financier étranger. Actuellement seul 1% y est placé.

- Les fonds de pension peuvent-ils être un vecteur de contagion de la crise?

- Certes, la place financière polonaise n'est pas isolée des fluctuations des bourses occidentales: l'indice vedette de la Bourse de Varsovie a chuté de 40% depuis janvier. Mais la pérennité des fonds n'est pas mise en cause. Ils réalisent malgré tout de bonnes performances, notamment grâce à la croissance locale.

En adoptant un système mixte, le risque retraite a été diversifié par les autorités. En période de crise, on se focalise sur les derniers événements. Mais sur le long terme, c'est probablement le système mixte qui garantit la viabilité la plus grande, à condition bien sûr de se donner les moyens de financer le volet par répartition.