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Raffaello Radicchi: «Les partis politiques viennent volontiers me voir mais je préfère rester neutre. Je n’aime pas qu’on me dise quoi faire.»

Neuchâtel

Raffaello Radicchi, bâtisseur d'empire

Raffaello Radicchi est arrivé en Suisse au début des années 1970 comme ouvrier dans le tunnel du Gothard. Il est aujourd’hui le premier propriétaire privé du canton de Neuchâtel. Retour sur une légende ancrée dans les montagnes neuchâteloises

Il y en a trop. Impossible de tous les compter. Sur le plan de La Chaux-de-Fonds affiché dans la salle de conférences, on peine à dénombrer tous les petits autocollants placés dans les différents quartiers. En vert clair, ce sont les terrains à construire, en vert foncé, le parc immobilier, et en rouge, les constructions et transformations. Qu’importe la couleur. Tout appartient à Raffaello Radicchi. La carte, qui date de 2011, était un cadeau pour ses 60 ans.

Attablé devant un café noir dans la maison de maître chaux-de-fonnière qui abrite son quartier général, l’entrepreneur jette encore un coup d’œil à la carte. Et confesse qu’il ne sait plus lui-même combien d’immeubles il possède. «Je n’ai pas compté depuis longtemps, 120, 150? Mais je les ai tous visités», assure l’immigré italien. En ville, on dit qu’il est le plus important propriétaire de La Chaux-de-Fonds. Avec un sourire, il corrige: «Je crois que je suis le premier propriétaire privé du canton.» Car, contrairement au plan affiché dans la salle de conférences, Raffaello Radicchi ne s’est pas arrêté aux frontières de sa commune. «Mais je ne suis pas sorti du canton. Je ne connais pas assez les autres marchés.»

«Bienvenue à Radicchi City»

Si ce discret homme d’affaires souriant est aujourd’hui l’une des premières fortunes de la région, c’est aussi parce que les immeubles ne forment que l’un des trois bras de son empire. Le deuxième, c’est le bâtiment: de l’architecture à la peinture en passant par l’ébénisterie ou les cuisines, la quasi-totalité des corps de métier sont réunis dans sa holding baptisée Insulae. Viennent enfin ses participations industrielles – par exemple la marque horlogère Schwarz Etienne ou le fabricant de composants RSM –, qui seront sous peu chapeautées par une nouvelle société. Directement ou indirectement, le chef d’entreprise dirige quelque 300 employés générant des dizaines de millions de francs de chiffre d’affaires. A bientôt 65 ans, il pense à la relève. «S’il m’arrive quelque chose, tout est prévu pour ma succession.» Ses filles, Sabina et Laura, prendront le relais. Son fils, artiste, ne «s’intéresse pas aux affaires».

Longtemps méconnue, l’histoire de Raffaello Radicchi est aujourd’hui ancrée dans la légende des Montagnes neuchâteloises – L’Impartial titrait il y a une dizaine d’années: «Bienvenue à Radicchi City!» Né en 1951 à Gubbio, ville de 30 000 âmes plantée à quelques kilomètres de Pérouse, ce fils de paysans a décidé de tenter sa chance en Suisse dans les années 1970. Il échoue comme coffreur dans la poussière et la rocaille du tunnel du Gothard, alors en construction. Il suivra ensuite son employeur à Morges, puis à La Chaux-de-Fonds, où il œuvrera à la construction de la grande tour brunâtre surnommée Pod2000. En 1979, avec un associé, il rassemble assez d’argent pour s’acheter un immeuble au 9, rue des Terreaux. Le premier d’une longue série.

Aimable et perspicace

C’est qu’à l’époque, la métropole horlogère tombait en ruine. Elle subissait le violent contrecoup de la crise qui dévastait l’industrie des montres et faisait chuter l’immobilier. Raffaello Radicchi en a profité pour racheter des immeubles, les rénover et les revendre. Et réinvestir ensuite dans d’autres immeubles. Et dans d’autres encore. Les «coups» se sont enchaînés, toujours couronnés de succès. «Pourquoi? Parce qu’en Italie, nous étions très pauvres. Quand vous avez connu ça, vous avez la volonté de travailler, de faire des efforts», martèle Raffaello Radicchi avec le fort accent italien qui ne l’a jamais quitté. Son succès, il le doit à sa femme, «qui [l’a] toujours soutenu», au «Bon Dieu, qui [lui a] donné le talent de faire des affaires». Et un peu aux banques, «qui vous aident volontiers. Quand vous les avez aidées d’abord.» Un partenaire qui a parfois traité avec lui ajoute: «Il est aimable, certes, mais aussi très perspicace. En deux heures, il est capable d’évaluer le prix de n’importe quel immeuble au franc près.»

Au fil des années, il y a eu de la jalousie. Des suspicions. Essentiellement dues à ses origines. «J’ai une fois dû me défendre dans la presse d’être un vendeur de drogues.» Le souvenir le fait rire. Et la mafia? Il dit n’avoir jamais été approché. «C’est un truc que je ne connais même pas. Au pays, je suis un étranger. Et mon papa n’était qu’un paysan endetté.» D’autres, en revanche, n’ont pas hésité à venir frapper à sa porte. «Les partis politiques viennent volontiers me voir, mais je préfère rester neutre. Je n’aime pas qu’on me dise quoi faire.»

Centaines de millions d’investissements prévus

Rien n’empêche pour autant celui qui est «plus Chaux-de-Fonnier que la majorité des Chaux-de-Fonniers» – comme le décrit un cadre de l’administration communale – de porter un regard critique sur l’élite politique de la région. La succession des «affaires» (Legrix, Monnard, etc.) lui fait «mal au cœur pour la ville. Ce sont des hommes; ils ont des défauts et des qualités. Et pendant un temps, les conseillers communaux avaient malheureusement plus de défauts que de qualités. Mais ça va aller mieux.» Il en est convaincu: la ville va remonter la pente.

Alors il poursuit ses investissements. Bien sûr, il gagne aujourd’hui «davantage que dans le Gothard», mais n’exhibe ni ses montres suisses, ni ses voitures italiennes, ni ses vins français. Malgré la fortune, malgré le pouvoir, Raffaello Radicchi n’a guère changé. Dans son bureau, à côté de la salle de conférences, il y a des quantités invraisemblables de dossiers. Mais aussi un double mètre posé sur la table et une photo de ses petits-enfants. Pas d’ordinateur. Il n’en a pas besoin pour ses opérations immobilières. Même si ces dernières sont toujours plus compliquées, toujours plus importantes. Et toujours à La Chaux-de-Fonds, «pour rendre un peu à cette ville tout ce qu’elle [lui] a donné».

En ce moment, ce sont surtout deux gros projets qui l’occupent: la transformation de gigantesques silos à grains en 90 appartements et la construction d’un bâtiment industriel de 11 000 m2 à l’ouest de la ville. Au total, les investissements prévus ces prochaines années se chiffrent en centaines de millions de francs.

De quoi rajouter un bon nombre de petits autocollants sur la carte de La Chaux-de-Fonds.

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