Raiffeisen a doublé de taille sous l’ère Vincenz

Banque A la tête du groupe depuis 1999, Pierin Vincenz a fait de la coopérativele troisième groupe bancaire helvétique

Si l’intégration de Notenstein progresse, l’informatique sera un défi de taille

«Si les chiffres au premier semestre de Raiffeisen n’avaient pas été bons, j’aurais laissé à mon successeur le soin de les présenter», a plaisanté Pierin Vincenz, à l’occasion de sa dernière présentation des résultats du groupe mercredi.

Fidèle à son ton mêlant sérieux et ironie, l’artisan de l’expansion du numéro trois bancaire helvétique a pu présenter mercredi un nouveau trophée avant son départ à fin septembre. Le groupe basé à Saint-Gall a franchi pour la première fois le seuil des 200 milliards de francs, à la fois pour les actifs de la clientèle sous gestion (+1,6% comparé à fin décembre) et pour le total du bilan (+6,7%).

L’arrivée du Grison, né en 1956, à la tête du groupe a coïncidé avec la forte phase d’expansion de Raiffeisen, qui compte désormais 3,7 millions de clients en Suisse, comparé à 1,5 million en 2000. Les fonds de la clientèle dépassent les 148 milliards, contre 55 milliards il y a quinze ans. Ses parts de marché dans le secteur hypothécaire s’élèvent à 16,7%.

Ce rythme d’expansion a été rendu possible grâce une politique active d’acquisitions. La reprise en 2012 des activités non américaines de l’ex-banque Wegelin, rebaptisée Notenstein Banque Privée, a été l’opération la plus spectaculaire et la plus controversée. Le groupe saint-gallois a payé 577 millions de francs pour reprendre 21 milliards de francs d’actifs sous gestion. Peu rentable dans un premier temps, l’unité de gestion de fortune a néanmoins fait des progrès en réalisant au premier semestre un bénéfice brut de 19,6 millions de francs, contre 6 millions à la même période un an plus tôt. Son rapport coûts/revenus s’est aussi amélioré à 77,5% (92,8% un an plus tôt).

Pour le groupe Raiffeisen, ce ratio s’est amélioré à 60,4% à fin juin, son plus bas niveau depuis 2011. Les acquisitions en série réalisées par le groupe – y compris le rachat de la banque bâloise La Roche & Co en 2014, la boutique de gestion d’actifs TCMG ou encore la prise de participation dans le spécialiste des dérivés Leonteq – ont pesé sur la rentabilité du groupe.

Malgré sa forte expansion, le groupe Raiffeisen n’a dépassé à nouveau le seuil des bénéfices de 701 millions réalisé en 2007 qu’à partir de 2013.

La politique d’expansion menée par le groupe, tout comme la polémique déclenchée en Suisse alémanique par ses déplacements en hélicoptère en 2008, lui ont aussi valu de nombreuses critiques. Pour le grand public, ses prises de position tranchées – notamment lorsqu’il a préconisé dès mars 2012 l’adoption par la Suisse de l’échange automatique d’informations, alors que le secteur bancaire était uni pour soutenir le modèle d’impôt libératoire à la source – ou sa décision inhabituelle de prendre un congé sabbatique de trois mois à l’automne 2013 ont contribué à forger son profil de banquier atypique.

Sur le plan opérationnel, le long conflit qui a opposé Raiffeisen à Vontobel, après le rachat de Notenstein, au sujet de la poursuite du partenariat conclu en 2004 entre les deux établissements a aussi créé un défi de taille pour son successeur, Patrik Gisel. En raison de la fin de l’accord avec Vontobel en 2017 suite à sa dénonciation par Raiffeisen, le groupe doit renouveler entièrement son système informatique d’ici à deux ans. La co-entreprise Arizon, avec Avaloq, a aussi été fondée dans ce but. Le futur directeur de Raiffeisen, issu des technologies de l’information, devra relever son premier grand défi.

Pierin Vincenz n’entend pas simplement profiter de sa retraite. Outre sa nomination à la présidence du conseil d’administration de l’assureur Helvetia, il assurera celle de Leonteq en 2016. Pour autant, Pierin Vincenz n’entend pas accumuler les mandats d’administrateur dans des groupes cotés. «J’envisage plutôt de m’engager auprès de PME, de manière à être plus proche des activités opérationnelles», a-t-il déclaré en marge de la présentation des résultats à Zurich. En revanche, il exclut de se lancer en politique.

Le seuil des 200 milliards de francsa été franchi pour les actifs sous gestion