Raiffeisen étend ses activités à la gestion de fortune. Le troisième groupe bancaire helvétique s’empare avec effet immédiat de l’établissement Notenstein Privatbank, lequel regroupe désormais les affaires non américaines de la banque saint-galloise Wegelin & Co. Le montant de la transaction n’est pas dévoilé.

Dans un communiqué diffusé vendredi, Wegelin & Co. explique cette mesure radicale en raison des menaces qui pèsent sur l’établissement dans le cadre du conflit fiscal avec les Etats-Unis. Sous pression, la banque établie à Saint-Gall se trouve dans la ligne de mire de la justice des Etats-Unis pour avoir aidé des contribuables américains à échapper au fisc.

Pas plus tard que lundi passé, Wegelin & Co. a confirmé avoir mis en congé un de ses associés, Christian Hafner. Cette suspension est liée au conflit fiscal avec les Etats-Unis et à l’inculpation de trois employés de Wegelin dans ce contexte.

Inculpations aux Etats-Unis

Début janvier, trois banquiers de la banque Wegelin ont été inculpés à New York pour avoir aidé des contribuables américains à échapper au fisc. Ils ont notamment récupéré des clients qui fuyaient UBS de peur d’être découverts.

Ces trois hommes ont été mis en accusation par un «grand jury» pour avoir monté «un plan avec des contribuables américains et d’autres personnes afin de cacher plus de 1,2 milliard de dollars d’actifs au fisc».

Les enquêteurs américains les accusent d’avoir recruté entre 2005 et 2010 des clients en leur permettant entre autres de fonder des sociétés écrans au Liechtenstein, à Panama ou à Hongkong. La banque Wegelin a depuis arrêté ses activités avec des clients américains.

Le groupe Raiffeisen augmente son personnel de 700 collaborateurs supplémentaires, selon un communiqué. La nouvelle banque privée sera dirigée par Adrian Künzi, jusque-là directeur de Wegelin & Co. pour la Romandie. Elle sera indépendante au sein du groupe Raiffeisen, et compte 13 succursales en Suisse.

Réaction de Patrick Odier, président de l’Association des banquiers

Interrogé vendredi sur le rachat d’une partie de Wegelin, Patrick Odier déclare au «Temps»: «Je ne peux pas m’exprimer sur les détails et les éléments personnels. Mais nous regrettons évidemment cette situation. Cela montre à quel point il faut une volonté politique commune aux deux Etats pour régler une situation qui touche le passé. C’est difficile, car il y a plusieurs cas individuels. Les discussions avec les Etats-Unis sont amicales mais complexes. Les éléments techniques et légaux sont difficiles. Evidemment, le fait que cela traîne n’est pas bon et explique ce qui vient de se passer.

»Mais je le répète, pour la place financière suisse, il est essentiel de trouver une volonté politique commune. Fondamentalement, les banques suisses ont montré, ces deux dernières années, leur bonne volonté, en se ralliant aux nouveaux standards et en proposant l’impôt libératoire.»