Raiffeisen a un nouveau président, mais plus de directeur général. Vendredi soir, alors que l’assemblée des délégués devait avoir lieu le lendemain, la banque a annoncé le retrait immédiat de Patrik Gisel. Le responsable, en poste depuis octobre 2015, devait céder sa place à la fin de l’année à un successeur qui n’a pas encore été identifié. Celui qui avait remplacé Pierin Vincenz avait annoncé son départ en juin dernier, après des mois de spéculations et de pressions.

Dans son communiqué, la banque explique que cette décision pourra «clore le débat autour de sa personne et de permettre au groupe Raiffeisen de se concentrer sur les défis à venir». L’établissement ne donne pas de raisons plus précises à ce départ précipité. Mais, selon le Tages-Anzeiger, les tensions ont repris alors qu’il était apparu que Patrik Gisel avait eu une liaison avec une ancienne administratrice de la banque, en poste entre juin 2017 et juin 2018. Le conseil d’administration n’aurait pas apprécié le fait d’avoir découvert l’histoire en lisant la SonntagsZeitung. Une affaire qui s’est ajoutée aux doutes planant autour de Patrik Gisel, adjoint durant des années de Pierin Vincenz et qui a toujours assuré n’avoir été au courant d’aucune des affaires qui valent à son ancien chef d’être aujourd’hui accusé de gestion déloyale.

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C’est l’actuel responsable de la clientèle privée et de placement, également vice-président de la direction, Michael Auer, qui le remplace ad interim. Il quittera ensuite l’entreprise. Samedi, les délégués ont en outre élu Guy Lachappelle, qui devient ainsi président du conseil d’administration. Ils ont également confirmé trois nouveaux administrateurs, dans un élan de renouvellement après l’affaire Pierin Vincenz.

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Cette dernière n’est cependant pas close. L’enquête pénale contre Pierin Vincenz est encore en cours, tandis que l’enquête interne demandée à Bruno Gehrig en avril doit être bouclée d’ici la fin de l’année. Des résultats préliminaires ont été présentés samedi, mais l’essentiel sera annoncé en fin d’année. L’équipe de l’ancien vice-président de la BNS et administrateur de plusieurs grandes entreprises, dont UBS et SwissLife, a confirmé les conclusions déjà tirées par la Finma il y a quelques mois. Notamment que Raiffeisen a grandi avec les acquisitions successives, mais sans se doter en parallèle de mécanismes de contrôles adaptés.

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Le nouveau président s’est exprimé ensuite dans la presse alémanique sur sa stratégie. A la SonntagsZeitung, il a expliqué que Raiffeisen devrait «combiner services bancaires et non bancaires». Exemple: «Si on met la banque sur le téléphone portable, pourquoi ne vendons-nous pas aussi un contrat de téléphonie mobile? Nous sommes forts dans le domaine immobilier, on pourrait aussi penser à organiser des déménagements et à en retirer quelque chose.»

Quant à Patrik Gisel et aux premières informations venant de l’enquête de Bruno Gehrig, il est resté évasif. «Nous analyserons les résultats et, si nécessaire, en tirerons des conclusions disciplinaires et personnelles», a-t-il dit à la NZZ.

Au sujet de son affaire à lui, qui pourrait devenir celle de Raiffeisen, il dit également peu de chose: la Banque cantonale de Bâle, dont il a été le directeur général, est sous enquête du DFF parce qu’elle aurait annoncé trop tard un soupçon de blanchiment. Guy Lachappelle souligne toutefois que les autorités ont confirmé qu’elles n’enquêtent pas sur lui.