Banque

Raiffeisen veut écrire un nouveau chapitre de son histoire

Les délégués des banques de la coopérative Raiffeisen ont adopté la mise en place d’une nouvelle gouvernance lors d’une assemblée générale extraordinaire. Un changement qui devrait permettre de tourner la page Pierin Vincenz, en renforçant le contrôle de la centrale

Guy Lachappelle avait du mal à cacher son enthousiasme samedi soir. Le président du conseil d’administration de Raiffeisen a qualifié de première dans l’histoire du groupe le changement de gouvernance adopté par l’assemblée générale extraordinaire des délégués des banques de la coopérative qui s’est tenue à Zurich.

Chacune des 229 banques Raiffeisen disposera désormais d’une voix lors des assemblées générales. Cette réforme met donc fin à un système complexe de délégation par région. Elle met également en place de nouveaux organes de gouvernance et inscrit dans les statuts une «communication institutionnalisée» entre Raiffeisen Suisse et les banques Raiffeisen.

Ces changements sont une conséquence directe de l’affaire Pierin Vincenz. Ils visent à diminuer le pouvoir de la centrale pour éviter des dérives telles que celles qui se sont produites pendant l’exercice de l’ancien directeur. En poste de 1999 à 2015, c’est sous son impulsion que Raiffeisen s’est développée au point d’être considérée comme un établissement de taille systémique par la Banque nationale suisse (comme Credit Suisse ou UBS).

Lire aussi: Pascal Gantenbein: «Raiffeisen est devenue trop grande»

A l’automne 2017, la Finma (Autorité fédérale de surveillance des marchés financiers) a ouvert une enquête contre l’ancien banquier star pour de possibles conflits d’intérêts. Les investigations ont été abandonnées en décembre, mais la société Aduno, dont Pierin Vincenz a été président du conseil d’administration et qui est détenue à 25,5% par Raiffeisen, dépose plainte auprès de la justice zurichoise, suivie par la banque.

Une enquête interne commandée par l’établissement bancaire a mis en évidence en janvier dernier des manquements dans les contrôles effectués lors d’acquisitions et de prises de participation menées par la banque. Des opérations au cours desquelles Pierin Vincenz aurait profité de sa position pour s’enrichir personnellement.

Une direction renouvelée

Pour le président de la direction de Raiffeisen Suisse, avec cette réforme, la page Pierin Vincenz est définitivement tournée. «Nous avons presque fini de renouveler l’équipe de direction de Raiffeisen Suisse», indique Heinz Huber. L’ancien directeur de la Banque cantonale de Thurgovie a succédé en janvier à Patrik Gisel, ancien bras droit de Pierin Vincenz qui a démissionné en novembre 2018.

Sur les six premiers mois de l’année, nous avons accueilli 15 000 nouveaux clients, je pense que c’est un signe de confiance. Aujourd’hui, on parle de nous parce que nous sommes le troisième groupe bancaire en Suisse.

Heinz Huber

En juin 2018, la Finma avait aussi préconisé un renouvellement complet du conseil d’administration de Raiffeisen. Guy Lachappelle en a pris la tête il y a tout juste un an et ce renouvellement se poursuit. Samedi soir, Anne Bobillier, présentée comme une spécialiste de l’informatique, a été élue au conseil d’administration.

«Nous avons accompli beaucoup de choses cette année. Si vous comparez la banque par rapport à ce qu’elle était il y a un an, vous verrez une nouvelle Raiffeisen», affirme Heinz Huber. Les banques de la coopérative et la centrale disposent désormais d’une plateforme interne pour échanger. La réforme de la gouvernance mise en place s’est effectuée sous la surveillance de la Finma. Cette dernière avait préconisé une transformation en société anonyme qui n’a finalement pas été retenue. Ces changements marquent la fin d’une série de mesures pour effacer les traces de l’affaire Pierin Vincenz.

Des rémunérations encadrées

Cette dernière a également pesé sur les résultats du groupe. La banque a dû réévaluer les participations prises sous la direction de Pierin Vincenz, ce qui a grevé son bénéfice pour l’année 2018. Pour Heinz Huber, les dommages portés à l’image de la banque commencent à s’effacer. «Sur les six premiers mois de l’année, nous avons accueilli 15 000 nouveaux clients, je pense que c’est un signe de confiance, souligne-t-il. Aujourd’hui, on parle de nous parce que nous sommes le troisième groupe bancaire en Suisse. Il y a une série d’indicateurs qui montrent que nous avons repris des forces.»

Lire également: L’affaire Vincenz pèse sur les résultats de Raiffeisen

Raiffeisen s’est aussi attelée à faire disparaître certaines images de la direction de Pierin Vincenz. Ce dernier n’hésitait par exemple pas à utiliser un hélicoptère pour se déplacer d’une succursale à une autre. Une pratique qui avait été fortement critiquée. En juillet dernier, la banque a en outre décidé de limiter à un million de francs la rémunération annuelle de chaque membre de sa direction.

«C’était important pour nous d’être en accord avec nos valeurs, commente Heinz Huber. Bien sûr, nous devons payer les membres de la direction en fonction des salaires qui sont pratiqués sur le marché, mais nous recherchons des gens qui sont en accord avec nos valeurs fondamentales, qui souhaitent créer et entreprendre au sein de Raiffeisen. C’était aussi très important pour regagner la confiance des banques qui constituent notre coopérative.»

L’année dernière l’augmentation de 40% de la rémunération des administrateurs de la banque pour l’année 2017, en pleine affaire Pierin Vincenz, avait également suscité un tollé. Désormais le cadre de la rémunération du conseil d’administration et de la direction sera soumis à un vote lors des assemblées générales.

L’histoire n’est pas terminée

Avec cette nouvelle gouvernance, Raiffeisen espère pouvoir se reconcentrer sur ses activités. Ces dernières années les fermetures de points bancaires se sont multipliées et plusieurs banques ont fusionné. «La décision de fusionner appartient aux Banques Raiffeisen qui sont juridiquement autonomes. Il y a régulièrement des fusions entre Banques Raiffeisen, reconnaît Heinz Huber. Il s’agit surtout de développer des centres de compétence locaux, de répondre au mieux aux besoins des clients mais aussi aux réglementations toujours plus exigeantes du milieu bancaire. Il y aura donc d’autres fusions à l’avenir, mais nous ne poussons pas dans cette direction.» Raiffeisen conserve cependant une couverture du territoire qu’elle juge importante avec plus de 800 points de vente.

Toutefois la procédure pénale contre Pierin Vincenz est encore en cours. Ce qui a repoussé une nouvelle fois le vote de la décharge pour l’exercice 2017. Raiffeisen n’en a donc pas encore tout à fait fini avec son ancien directeur.

Publicité