Revue des idées économiques

Les raisons des écarts de prévisions entre les économistes

Les désaccords entre les experts en prévisions font souvent sourire les observateurs. Une étude d’économistes de la Banque centrale européenne tente d’expliquer certaines tendances dans ces désaccords

Les écarts de prévisions économiques étaient considérables au plus fort de la crise financière. Ils se sont progressivement réduits dès mars dernier, observent les auteurs d’une étude sur les estimations des économistes (1). Ils notent toutefois que le désaccord s’est accru dès 2007 au sujet des Etats-Unis, alors qu’il n’a pris de l’ampleur en Europe qu’avec la faillite de Lehmann Brothers.

Les chercheurs de la BCE se penchent sur les pays du G7. Ils distinguent entre deux types de prévisions, celles portant sur les variables dites nominales (taux d’intérêt et inflation) et celles sur les variables réelles (PIB, consommation, investissement, emploi). L’étude met en évidence une évolution du désaccord différente entre les deux types de variables.

Le premier chercheur à s’être penché sur l’hétérogénéité des attentes des économistes est Greg Mankiw (en 2003). L’ancien conseiller économique de George Bush s’était concentré sur les anticipations d’inflation.

Depuis octobre 1989, un sondage mensuel d’experts est effectué par une organisation londonienne, le «Consensus Economics». C’est ce sondage qui sert de base à l’analyse des désaccords entre économistes.

Le désaccord sur les variables réelles s’intensifie parfois de 40% pendant une récession, à l’image de l’actuelle crise économique.

Le désaccord sur les variables nominales dépend plutôt du niveau de départ. Si l’inflation ou les taux d’intérêt sont élevés, le désaccord sera supérieur que s’ils sont à un bas niveau. Par ailleurs, l’écart de prévisions sur les variables nominales n’a fait que de baisser depuis 1998. Enfin, si une banque centrale est indépendante du pouvoir politique, le désaccord sur les variables de ce pays peut diminuer de 30%. L’étude suggère une véritable relation de causalité.

Toujours pour les taux d’intérêt et l’inflation, les auteurs observent que le désaccord est plus élevé et plus sensible aux variables macroéconomiques pour l’Italie, le Japon et le Royaume Uni que pour les autres pays. Or les banques centrales de ces pays n’ont vraiment gagné leur indépendance qu’à partir du milieu des années 1990.

Les auteurs concluent fort logiquement que les banques centrales, en fonction de leur degré de crédibilité, peuvent jouer un rôle majeur dans le pilotage des attentes des économistes sur les taux d’intérêt et l’inflation. Ce n’est toutefois pas le cas pour les variables réelles.

(1) Disagreement among forecasters in G7 countries, Jonas Dovern, Ulrich Fritsche, Jiri Slacalek, European Central Bank, Working Paper 1082, 2009

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