Statistiques après statistiques, les économistes doivent se rendre à l'évidence: l'atterrissage – en douceur ou forcé – de l'économie américaine tarde à s'amorcer. Lundi, le Département du commerce a apporté une nouvelle preuve de cette santé exubérante en annonçant une hausse à la fois des stocks commerciaux et, dans une proportion identique de 0,9%, des ventes pour le mois de juin. Ces chiffres viennent confirmer la hausse des ventes du commerce de détail en juillet, annoncée la semaine dernière, qui montraient leur plus forte progression en cinq mois. Il est donc probable que les entreprises continueront à alimenter leurs stocks ces prochains mois, tout en maintenant un ratio de stockage (le temps que passent les marchandises entre leur achat de gros et leur vente à la clientèle) très bas. La hausse concomitante des stocks et des ventes au mois de juin a laissé ce ratio à 1,32 mois, très proche de son niveau record de mars dernier (1,31 mois). Toutefois, quelques secteurs montrent des signes de ralentissement.

«L'économie américaine devra encore faire un bon bout de chemin avant de ralentir, estime Vincent Boberski, économiste chez Dain Rauscher à Chicago, cité par l'agence Bloomberg. Le rapport fédéral montre une ferme reconstruction des stocks et l'on voit toujours une forte demande.» Même son de cloche chez Michael Englund, chef économiste chez MMS, une division de Standard & Poor's basée en Californie: «Sauf s'il y a un ralentissement substantiel de la demande ces prochains mois, nous nous attendons à ce que le rythme de croissance des stocks demeure solide durant le troisième trimestre.» Cette économie rétive à toute modération suscite de nouvelles craintes d'une hausse des taux: le marché obligataire en faisait les frais, puisqu'à mi-séance, le bond du Trésor à 10 ans perdait 1/8e de point, poussant son rendement de deux points de base à 5,81%. Le Comité monétaire de la Réserve fédérale se réunira dans une semaine, le 22 août, puis encore trois fois avant la fin de l'année (en octobre, novembre et décembre), et les analystes s'attendent à un septième tour de vis monétaire depuis juin 1999 lors de l'une de ces réunions.

Le secteur automobile montre toutefois quelques signes d'essoufflement. Témoin, General Motors a vu ses ventes diminuer en juin, et les revendeurs de Pontiac, Olsdmobile, Buick et autres Chevrolet ont vu leurs parkings se remplir. Par exemple, le modèle Pontiac Bonneville affichait une durée de stockage de 118 jours, soit près du double de la durée considérée comme normale.