Le début du mois de septembre est plus chaud sur les terrasses des cafés que dans les salles de marché des banques. En effet, malgré une appréciation marquée des actions mardi, l'automne financier semble avoir commencé lundi 4 septembre. Ce jour-là, le SMI avait battu un record de 6 ans à 8230 points, avant de battre en retraite.

«Les actions ne reviendront pas de sitôt à leurs niveaux du début de la semaine passée», estime Dennis Gartman dans sa lettre aux investisseurs. Une lettre concurrente estime que les marchés sont passés au point mort, probablement jusqu'aux élections américaines de novembre. Ce serait la fin du rally d'été. En dix semaines, les actions suisses avaient rebondi de 14,6%.

Ce mouvement inattendu a été attisé par deux facteurs vraisemblablement transitoires. Le premier est la réaccélération du carry trade entre le Japon et l'Europe. «Elle a alimenté la hausse des actifs, particulièrement en Europe», commente un consultant à Londres. Cette technique consiste à emprunter de l'argent au Japon où les taux d'intérêt sont très faibles pour effectuer des placements en euros ou en dollars où les taux d'intérêt sont élevés. Les ventes massives de yens qui en découlent ont pesé sur le taux de change de la devise nippone. «Elle est complètement sous-évaluée et pourrait se redresser soudainement dans la foulée du G7 ce week-end», a mis en garde Ralph Geiger de LODH lors d'une présentation à des clients mardi à Genève. Confrontés à un risque d'appréciation du yen, les «carry traders» se précipiteraient pour revendre leurs actifs européens et américains, entraînant une baisse des actifs dans ces pays.

Pour Patrick Segal, de la Banque Privée Edmond de Rothschild à Genève, un autre facteur a attisé le rally d'été: «Les hedge funds, qui étaient largement longs sur les actions jusque fin avril, ont pris beaucoup de couverture lors de la correction de mai-juin, explique-t-il. Puis, surpris par la remontée précoce des actions, ils ont racheté ces couvertures, alimentant la hausse.» Cette phase terminée, et dans un contexte de ralentissement conjoncturel, les marchés manquent de tendance.

Ces prochaines semaines, la gravité risque de les conduire vers un nouveau plancher plus bas que celui de juin dernier. L'histoire financière plaide pour ce scénario: Depuis 1960 et sans exception, les années d'élections intermédiaires aux Etats-Unis ont coïncidé avec des planchers marquants des marchés d'actions.

«Un rally de fin d'année n'est envisageable qu'après le scrutin si la croissance américaine se stabilise», estime Patrick Segal. Plus sanguine, UBS attend un «rally général vers la fin de l'année», d'après une note citée par l'agence Bloomberg. La grande banque ne prévoit pourtant qu'une progression de 3% à 4% des bénéfices des sociétés américaines de l'indice S & P 500 en 2007, contre 15% cette année.