Pas de reprise en «V» de la conjoncture mais plutôt un rebond suivi d’une longue phase de stagnation. A l’heure où tous les économistes rivalisent d’imagination pour trouver une lettre adéquate permettant d’illustrer la forme que prendra la reprise, Sal. Oppenheim se range plutôt dans le camp des pessimistes. A court terme, la banque estime, certes, qu’un potentiel d’amélioration supplémentaire existe. Durant le second semestre, différents problèmes reviendront peu à peu au premier plan. Le risque de déflation n’est pas à négliger compte tenu de la baisse attendue des salaires aux États-Unis, de la sous-utilisation des capacités disponibles et au vu de l’offre surabondante de produits chinois. S’y ajoute l’endettement excessif des consommateurs américains, alors que les pays des BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine) ne pourront pas sauver à eux seuls la conjoncture mondiale. La consommation de ce groupe de pays ne représente toujours que 40% de celle des Etats-Unis, rappelle l’établissement qui présentait mercredi à Zurich ses perspectives pour le deuxième semestre.

Croissance nulle en Suisse en 2010 «Les perspectives de croissance à moyen terme peuvent au mieux être qualifiées de modérées», résume Matthias Jörss, directeur de la stratégie actions chez Oppenheim Research à Francfort. Pour l’ensemble de l’année 2009, la croissance du produit intérieur brut devrait rester négative aussi bien aux Etats-Unis (-2,6%) que pour la zone euro (-4%). Après une contraction de 2,5% cette année, l’économie suisse devrait afficher une croissance nulle en 2010, anticipe la banque.

Essoufflement progressif Que cela signifie-t-il pour les marchés actions? Pour les experts de Sal. Oppenheim, le récent «rally» des marchés actions va s’essouffler au cours du troisième trimestre. A court terme, la hausse peut se poursuivre: en Suisse, l’indice SMI est même susceptible de grimper jusqu’à 6000 points (5473 points actuellement), profitant de la publication de résultats favorables au deuxième trimestre des entreprises américaines et porté par la poursuite de l’amélioration d’indicateurs avancés.

Ce mouvement de rebond ne tiendra pas sur la durée, avertit la banque. Plusieurs facteurs tels que l’absence de dividendes à réinvestir, la chute récente du dollar ainsi que la hausse des taux d’intérêts empêcheront en effet une hausse durable des marchés actions. C’est pourquoi de nouvelles corrections ne sont pas exclues en seconde partie d’année. Le SMI devrait osciller entre 4700 et 5800 points durant les prochains mois, avant de terminer l’année dans une fourchette de 5500 à 5800 points. De fait, les résultats relativement solides attendus pour les entreprises américaines au deuxième trimestre devraient plutôt être mis à profit pour réduire certaines positions ou revenir vers des titres plus défensifs, conseille Sal. Oppenheim.

Consensus trop optimiste La croissance implicite des bénéfices des entreprises du SMI d’environ 15% en 2010 attendue par le consensus des analystes est jugée trop élevée pour la banque. Une progression de l’ordre de 8% des bénéfices l’an prochain est jugée plus appropriée. «La hausse marquée des cours des titres industriels cycliques et des valeurs bancaires devrait s’essouffler dans un tel environnement», anticipe Christian Arnold, directeur de la recherche actions pour la Suisse chez Sal. Oppenheim (Suisse). Il recommande dès lors aux investisseurs de miser sur les secteurs de la santé, des biens de consommation, de l’agrochimie ainsi que des télécommunications. Au sein du SMI, les titres de Roche, Syngenta et Zurich figurent parmi les favoris de l’établissement. Parmi les petites capitalisations, les actions de Georg Fischer (industrie), Lonza (sciences de la vie), PSP (immobilier), Sonova (aide auditive), Valora (kiosques) sont recommandées.