Les enchères sont lancées pour la conquête du London Stock Exchange (LSE). Ce dernier a décliné jeudi l'offre formelle émise le matin même par Deutsche Börse à un prix en numéraire «de 530 pence au moins par action LSE», jugeant celle-ci insuffisante. La formule employée par l'opérateur boursier allemand signifie qu'il est prêt à rehausser son offre par rapport à la proposition informelle (de 530 pence précisément) formulée à la mi-décembre et déjà jugée pas assez généreuse par Clara Furse, la patronne du LSE. Ce qui renvoie la balle à Euronext, la Bourse paneuropéenne qui réunit les places de Paris, du Benelux et du Portugal, laquelle convoite elle aussi la Bourse de Londres, le premier marché au comptant du Vieux Continent.

Dans un communiqué diffusé jeudi après-midi, Euronext a d'ailleurs indiqué poursuivre les négociations avec le LSE en vue d'une offre en numéraire, sans fournir toutefois d'indication de prix ni d'autre détail. Les experts s'attendent à voir le prix des enchères monter à 600 pence par action LSE, laquelle a d'ailleurs clôturé à 578,75 pence jeudi, en hausse de 0,7%. Alors que le prix indicatif de 530 pence, qui valorise la Bourse de Londres à 1,35 milliard de livres sterling ou près de 3 milliards de francs, avait déjà été jugé plutôt élevé par nombre d'analystes. La Bourse de Londres fait donc monter les enchères en continuant de négocier simultanément avec les places de Francfort et de Paris.

Mais le prix n'est pas tout. L'offre dévoilée jeudi par Deutsche Börse comporte surtout un vaste catalogue de 25 pages de promesses, d'assurances et d'évaluations concrètes visant à séduire les banques d'investissement et les principaux acteurs de la City. Ces derniers avaient émis bien des réserves sur l'offensive de la Bourse allemande, surtout en cas de surenchère de celle-ci. Pour mettre tous les atouts de son côté, Deutsche Börse et son patron, le Suisse Werner Seifert, ne font pas mystère de leur volonté de passer par-dessus l'épaule des dirigeants du LSE en s'adressant directement aux actionnaires. D'autant que Werner Seifert a déjà essuyé deux échecs, en 1998 et en 2000, dans ses tentatives de rapprochement avec Londres.

En cas de mariage, Deutsche Börse laisse entrevoir des économies annuelles de 100 millions d'euros (75 millions de réduction de coûts et 25 millions de synergies) à partir de 2008. Le coût de l'opération est estimé à «moins de 100 millions d'euros». En clair, les économies promises par la naissance du premier acteur boursier paneuropéen de dimension mondiale ne seront pleinement effectives qu'en 2009. Pour amadouer banques d'affaires et brokers, Deutsche Börse n'en fait pas moins miroiter des baisses de tarif rapides: 10% sur la gamme de prix du négoce électronique dès le 1er janvier 2006, avec plafonnement pendant cinq ans, suivi de nouvelles baisses. Réduction de 10% aussi des abonnements au service d'informations combiné Allemagne/Grande-Bretagne du nouveau groupe.

Enfin, sur la question délicate des systèmes de compensation (clearing), la Bourse allemande propose de mettre en place une offre complémentaire à la sienne. Celle-ci doit assurer aux clients de la chambre de compensation London Clearing House un prix réduit de moitié sur le tarif actuel. Werner Seifert a aussi rassuré les Allemands en prévoyant de faire siéger le nouveau géant à Francfort. Pour ne pas effaroucher la City, la Bourse de Londres resterait cependant placée sous la surveillance des autorités boursières britanniques.

Les objections de la City face à une reprise par Deutsche Börse portaient notamment sur le «silo» d'intégration vertical de Deutsche Börse, de nature à contraindre la clientèle à faire appel au système de compensation (clearing) maison de Clearstream, société luxembourgeoise acquise en 2002. D'où la prédilection apparente de la City pour une reprise du LSE par Euronext, dont l'intégration horizontale est perçue comme plus transparente. Autre atout d'Euronext pour Londres: ce dernier contrôle le Liffe, la Bourse londonienne des produits dérivés, ravi d'ailleurs en 2001 à la barbe du LSE. La crainte d'une surenchère d'Euronext a fait fléchir son titre de 1% à 23,71 euros jeudi.