«On n’est pas très bon juge de ses propres travaux et donc ce n’est pas quelque chose sur quoi je comptais», a-t-il ajouté, dans un entretien téléphonique avec l’AFP. Jean Tirole, troisième Français à être couronné dans cette discipline, a été récompensé pour des recherches variées sur la finance, l’entreprise et les marchés.

Il est primé pour son «analyse de la puissance de marché et de la régulation», a annoncé le jury dans un communiqué.

«Quand je faisais mon doctorat au MIT (Boston, USA), je ne connaissais pas ce domaine qu’on appelle en jargon l’économie industrielle. En fait, un autre étudiant me l’a fait connaître», a-t-il confié. «Et j’ai trouvé cela absolument passionnant.»

«On commençait à se poser des questions non seulement sur le plan de la concurrence mais aussi sur l’avenir de tous ces secteurs qui allaient être dérégulés comme les télécoms, les postes, les chemins de fer, l’électricité», etc.

Il a poursuivi par la suite des travaux avec Jean-Jacques Laffont, un économiste de renom décédé il y a dix ans d’un cancer, qui a fondé l’Ecole d’économie de Toulouse, une grande école au sein de l’université de la Ville rose, et dont M. Tirole est maintenant le président.

M. Laffont avait convaincu M. Tirole de revenir en France. «J’étais très, très heureux aux Etats-Unis […] dans des conditions absolument idéales pour travailler, avec des collègues fantastiques, mais il y avait ce projet à Toulouse que Jean-Jacques Laffont avait débuté, qui était tout à fait enthousiasmant et, avec Jean-Jacques, on l’a construit, et quand il est décédé en 2004, on a continué à le construire», a encore confié M. Tirole à l’AFP.

Présenté par le Comité Nobel comme «l’un des économistes les plus influents de notre époque», il a notamment «éclairci la manière de comprendre et de réglementer les industries avec quelques entreprises importantes».

Jean Tirole est le troisième Français récompensé par le Prix Nobel d’économie après Gérard Debreu en 1983 et Maurice Allais en 1988.

Interrogé sur un diagnostic de l’économie française et des mesures prises pour la relancer, M. Tirole est resté prudent. «Tous les économistes sont d’accord pour dire qu’il faut qu’on arrive à être un Etat plus moderne et faire des réformes tout en gardant une protection sociale élevée», a-t-il dit, citant l’exemple réussi des pays scandinaves et du Canada. «C’est vraiment l’enjeu des cinq années à venir», a-t-il insisté.

«Je pense, a-t-il souligné, qu’un économiste doit être quelqu’un de tout à fait indépendant. Notre rôle est de proposer des idées et des réformes dont on espère qu’elles seront adoptées par la suite, mais ça prend du temps. Il y a onze ans, j’avais proposé avec Olivier Blanchard [actuellement chef économiste du FMI] une réforme économique du travail en France et c’est vrai qu’on a un problème terrible en France avec le marché du travail», a-t-il dit.

L’attribution du Prix Nobel «ne va rien changer pour moi. Ce que j’aime, ce sont les formes de recherches dans lesquelles je vis et les amis que j’y côtoie et puis faire faire ma recherche avec mes étudiants. J’espère que je ne vais pas trop changer», a-t-il conclu.