Tout commence aux Etats Unis: «Je suis le roi de la dette, j’aime les dettes, j’aime jouer avec…» Donald Trump annonçait la couleur durant sa campagne électorale. Son programme de réduction de la fiscalité des entreprises et des personnes, la relance des dépenses militaires et un grand plan d’infrastructure ajouterait 7400 milliards de dollars à la dette fédérale; elle est déjà de 105% du produit intérieur brut. Il risque surtout de déclencher une réaction en chaîne dont il sera difficile de contrôler toutes les conséquences.

Dans un premier temps, cette politique soutiendrait artificiellement la croissance aux Etats-Unis. Puis, rapidement, elle déboucherait sur une hausse de l’inflation, une remontée accélérée des taux d’intérêt et un renforcement du dollar. Certes, le Congrès doit d’abord accepter de libérer le plafond de la dette. L’accord tacite proposé par le président sera probablement: vous me laissez dépenser et je vous laisse réduire les impôts. Et tout le monde est content; sauf les générations futures qui paieront la facture.

En Europe, les conséquences risquent d’être dramatiques. La Banque centrale européenne n’a pas d’autre choix que d’inonder le marché de liquidités – 60 milliards d’euros par mois – pour soutenir la croissance. Dans la plupart des pays européens les taux d’intérêt resteront bas, voire même négatifs. L’euro risque de retomber à parité avec le dollar, ce qui n’a pas été le cas depuis décembre 2002. Dans ces circonstances, qui va encore acheter des dettes en euro? Seul aspect positif: Un euro faible pourrait soutenir les exportations.

Jamais la différence de politique entre la Réserve fédérale américaine et la Banque centrale européenne n’aura été aussi grande. Pourtant, un nombre croissant d’économistes soulignera que les politiques monétaires ne permettent pas à elle seule de relancer l’économie. Tôt ou tard, aux Etats-Unis comme en Europe, les excès de liquidités devront retrouver le chemin de l’économie réelle, sans créer d’inflation. Comment? Probablement par des investissements dans les infrastructures.

Enfin, de nombreuses entreprises des pays émergents risquent de souffrir: elles se sont endettées pour 3500 milliards en dollars. Si le billet vert se renforce en même temps que les taux d’intérêt prennent l’ascenseur, comment vont-elles faire face? Pourtant certains profiteront de la situation. La Chine utilisera ses réserves pour acheter plus d’entreprises en Europe. Les pays producteurs de pétrole essaieront de faire remonter le prix du baril, lui-même libellé en dollars. Puis, il y aura les spéculateurs qui vont s’endetter en euro pour investir en dollars; à déconseiller aux cœurs sensibles…

John Maynard Keynes disait: «tous les problèmes sont économiques et toutes les solutions sont politiques.» En 2017, l’Europe s’embourbera dans sa politique. Il y aura des élections en Allemagne et en France, probablement en Italie, éventuellement en Espagne. Même Theresa May sentira la pression d’être un premier ministre sans mandat électoral (ce dont avait souffert Gordon Brown). Le Brexit continuera de polluer l’agenda politique et économique. Il débouchera sur plus de règles et de complexité pour tout le monde.

Donald Trump pourra-t-il faire tout ce qu’il dit? Un jour, dans une situation presque similaire, le philosophe français Raymond Aron m’avait dit: «Ne vous inquiétez pas; aux Etats Unis c’est la fonction qui fait l’homme et pas le contraire.» Espérons qu’il ait raison…

* Président du conseil d’administration du «Temps»


Les précédentes chroniques: