«Il ne le sait pas lui-même, mais il est un formidable entrepreneur.» Il? Un jeune en échec scolaire qui ne trouve pas de place d'apprentissage, mais qui passe son temps libre à produire de la musique et à la vendre sur Internet. L'anecdote, racontée par un responsable de la formation aux HUG, les Hôpitaux universitaires de Genève, lors d'un récent First organisé par Rezonance à Genève, illustre les propos que l'expert en conseil canadien Guy Cabana tenait ce soir-là. Il parlait de son livre* sur «l'art d'entreprendre l'impossible».

Comment mobiliser sa force intérieure pour réussir sa vie professionnelle, changer d'orientation ou créer son entreprise? Pourquoi certains osent-ils se lancer et d'autres non? Qu'est-ce qui fait la différence?

Pour Guy Cabana, la crainte et l'anxiété sont les principaux obstacles sur le chemin du changement. A contrario, c'est de la pensée positive que découlent les ingrédients essentiels pour réussir sa vie professionnelle, ou oser la changer. Il faut aussi une bonne dose d'estime de soi, de volonté, de passion, de persévérance et de détermination. La volonté, selon le Canadien, est l'antidote aux échecs. Néanmoins «la pensée positive à elle seule ne mène nulle part», estime-t-il, tout comme donner toujours le meilleur de soi-même ne saurait garantir le succès de son entreprise. Il faut agir, martèle-t-il: «Si croire en soi est le moteur de la réussite, croire en ses actions et en ses réalisations est le mazout qui alimente votre démarche de réussite.» A cet égard, il est absolument nécessaire de ne laisser personne miner ses propres convictions.

Agir, mais quand?

Réfléchissez à cette question: «Que feriez-vous si vous aviez la possibilité de refaire votre carrière?» Si la réponse n'a rien à voir avec votre situation actuelle, il faut passer à l'action. Pour Guy Cabana, chaque nouvelle journée donne la possibilité de nourrir le début d'un projet. «Sautez sur les occasions, car dans vingt-quatre heures, votre aujourd'hui deviendra demain», conseille-t-il. Pragmatique, il poursuit: «Au lieu de vous demander «pour quoi faire?», demandez-vous «pourquoi pas?»

La réponse à la question précédente permet de fixer un but. Réunir ses forces, sa volonté et sa détermination pour l'atteindre, c'est bien. Mais ce n'est pas assez: il est nécessaire de canaliser les efforts. Car «un désir sans direction n'est pas suffisant pour réussir. C'est comme sauter d'un avion sans parachute», assure le Canadien.

Il préconise de définir trois paliers de la réussite, le désir, le souhait et la réalisation, puis de s'auto-évaluer à six reprises au moins au long de ce parcours qui mène au sommet. L'évaluation est importante, car il faudra ajuster le plan au gré des épreuves rencontrées. Si nécessaire, «écrivez votre rêve et affichez le papier à un endroit où vous pourrez le voir continuellement jusqu'à ce qu'il s'impose dans votre quotidien».

Du rêve à l'objectif

Le président du réseau des entrepreneurs solidaires, Edouard Montier, est intervenu à l'issue de la conférence. Sa carrière incarne à elle seule le fait que le changement est à portée de main, pour peu qu'on investisse son énergie de manière pondérée et ciblée. Dans les années 80, il rêvait d'intelligence artificielle. Il sera directeur de Microsoft Monde. Plus tard, la pauvreté l'interpelle. Il décide de changer d'objectif. Il fonde le réseau des entrepreneurs solidaires. Une sorte de «Fedex» pour les plus pauvres, qui achemine matériel, médicaments et nourriture aux populations démunies. «La différence entre le rêve et l'objectif, c'est la date», affirme Guy Cabana. Donc au lieu de dire «je voudrais être manager», dîtes-vous «j'aimerais être manager avant mes 45 ans».

Le risque est souvent perçu comme le danger d'une perte potentielle. Mais prendre un risque (si modéré soit-il) est incontournable à l'heure de se lancer. Exemple tiré du livre de Cabana: l'écrivain Sinclair Lewis, premier Américain à recevoir le prix Nobel de littérature, devait tenir une conférence devant des étudiants qui aspiraient à devenir écrivains eux aussi. Il a commencé son discours en posant la question suivante: «Combien d'entre vous veulent devenir écrivains?» Toutes les mains se sont levées. Alors il leur a dit: «Dans ce cas, rentrez chez vous et écrivez!» Puis, il est parti.

Pour mettre en œuvre ce plan d'attaque, il faut être conscient que les échecs sont inévitables et il faut apprendre à les considérer comme une chance offerte par la vie de se remettre en question, d'affiner son plan. Hervé Lebret, gérant d'un fonds de soutien à l'innovation à l'EPFL, intervient. «Aucun éditeur n'a voulu de mon livre**, dans lequel j'explique que les grandes réussites technologiques européennes issues de start-up sont dues à des gens de bonne volonté qui ont lutté. Eh bien, tant pis. Je l'ai mis sur Internet. Il a suscité l'intérêt. Du coup, je le vends maintenant sur Amazon.com.»

Motifs de paralysie

Guy Cabana a identifié six raisons pour lesquelles une personne ne se lance pas dans la réalisation de son rêve professionnel ou personnel. Il les appelle «les outils de destruction massive». Il s'agit de la peur, de la paresse, de l'indifférence, de l'égoïsme, du fait de vivre dans le passé et du découragement. De la peur, il dit qu'«elle paralyse la raison, détruit l'imagination, étouffe l'estime de soi, mine l'enthousiasme, décourage l'initiative et pousse continuellement à l'hésitation». Ce sentiment détourne systématiquement de la réalité.

La paresse est l'ennemi de la réussite pour des raisons évidentes: elle ne permet pas d'aller au bout de ses limites. L'égoïste veut tout et tout de suite. Or, le chemin qui permettra de soulever les montagnes requiert une ardeur constante et appliquée. Quant au passé, il détruit les rêves au lieu de cimenter l'avenir: «Ne restez pas esclave de votre passé, soyez plutôt maître de votre avenir.» Enfin, le découragement, antonyme de la persévérance et de l'estime de soi, est une excuse courante pour échapper à bon nombre d'obligations. Et surtout ne pas entreprendre ce dont on rêve.

* «Soulevez des montagnes, l'art de réussir l'impossible», Guy Cabana, Editions Quebecor, Quebec, 2005, 219 p. ** «Start-up: ce que nous pouvons encore apprendre de la Silicon Valley», Hervé Lebret.