Dans une salle en sous-sol de l’École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL), Tadi Tej présente un bonnet de bain avec des centaines de petits trous. Dans chacun d’entre eux, il montre comment y brancher des électrodes qui, une fois le bonnet enfilé, enregistreront l’activité électrique des neurones. «Grâce à cette technique, appelée électroencéphalographie (EEG), nous essayons d’observer et de comprendre ce qui se passe dans différentes zones à la surface du cerveau, explique l’ingénieur qui travaille au sein du Laboratoire des neurosciences cognitives. Nous pouvons y brancher jusqu’à 256 électrodes.»

Il prend ensuite une paire d’imposantes lunettes noires rattachées à un casque. Ce casque d’immersion permet d’évoluer de manière totale dans un monde virtuel. Combiné au bonnet à électrodes et à des capteurs de mouvements déposés sur certaines articulations paralysées, cet appareillage devrait améliorer la rééducation des personnes ayant subi un accident vasculaire cérébral. La start-up Mindmaze est d’ailleurs en cours de création pour commercialiser cette innovation.

Actuellement, une rééducation longue et éprouvante est nécessaire afin de réduire les complications et les séquelles neurologiques et récupérer l’aisance des fonctions essentielles, tels la marche, le langage ou l’habileté manuelle. «Les exercices sont répétitifs et peu motivants», note Tadi Tej, qui veut faciliter cette récupération grâce à la réalité virtuelle. Pour y parvenir, il a monté une salle test comprenant une centaine de caméras infrarouges et un écran géant.

Dans cet environnement qui permet de coupler réalité virtuelle et EEG, le patient devra effectuer une tâche simple, par exemple prendre une tasse sur une table avec alternativement son bras droit et son bras gauche. Le membre droit est paralysé mais la région du cerveau qui le commande n’est pas complètement morte. Sur écran géant, le patient verra un avatar réaliser parfaitement l’exercice. Pourtant, dans la réalité, le mouvement n’a été effectif qu’avec le bras valide. «Il suffit d’observer la scène, censée nous représenter, pour réactiver petit à petit la zone du cerveau qui a été endommagée», explique Tadi Tej. Chaque jour, le patient poursuivra ses exercices pendant que les électrodes mesureront les progrès effectués grâce à l’EEG. «L’objectif est de réduire le temps de réhabilitation et donc les coûts sous-jacents. Les progrès seront mesurés de manière objective par les électrodes et pourront être comparés à des modèles d’activité cérébrale déjà enregistrés.»

La réalité virtuelle donnera aux thérapeutes de nouveaux outils qui devraient motiver davantage les patients. Tadi Tej et son équipe sont en discussion avec certains membres du Département de neurologie du Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV) pour collaborer sur certains aspects du développement.

Avec Ambroise Magistretti, un financier, Tadi Tej a prévu de créer une start-up dénommée Mindmaze. Celle-ci fait partie des gagnants du Prix Venture Leaders initié par l’Agence pour la promotion de l’innovation (CTI). «Nous voulons développer une solution commerciale qui permettra au patient de réaliser ses exercices quotidiennement sans aller à chaque fois à l’hôpital. Il suffira d’un ordinateur et d’un visiocasque. Le médecin traitant pourra observer ses progrès en ligne, prévoit Tadi Tej. Un tel système devrait être vendu au prix de 12 000 à 15 000 francs environ.»

La start-up prévoit de vendre le système dès 2011. Le potentiel est énorme sachant qu’on dénombre près de 10 millions de patients atteints d’accidents vasculaires cérébraux dans le monde chaque année, dont 9000 en Suisse.