Le Jura fête ses 40 ans dans la Confédération. La Question jurassienne n’est pourtant pas encore résolue, comme le montre le sort incertain de Moutier. Cette semaine, «Le Temps» se replonge dans l’histoire tumultueuse du «vingt-sixième canton».

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Des Rebetez, Jérôme, à Saignelégier, est le plus connu. Le fondateur de la Brasserie des Franches-Montagnes (BFM) emploie 30 collaborateurs et fabrique la meilleure bière du monde, selon un classement du New York Times. «Je suis né en 1974, l’année du plébiscite, et j’ai été conçu au Clos-Henri, au Prédame, une colonie devenue un centre de désintoxication», révèle Jérôme dans un éclat de rire. Les débuts de BFM, il y a vingt-deux ans, n’ont pas été simples. Mais en 2008, Jérôme a rencontré un riche investisseur zurichois qui a pris 30% de l’entreprise. En 2009, ils créèrent une SA, puis investirent et augmentèrent la production. BFM prépare maintenant son entrée sur le marché des alcools forts (gin, whisky). Une innovation romande: Jérôme montera une société annexe à laquelle les employés pourront participer en tant qu’actionnaires et ainsi disposer d’un «quatrième pilier de prévoyance».

Ne lui parlez pas des codes du marketing. «C’est notre chat, qui s’appelle 27,6 – comme le nombre d’emplois à l’époque –, qui fait le marketing», ajoute-t-il. La brasserie organise des événements, qui rassemblent 200 à 400 personnes. «Nous sommes devenus le plus grand débit de bière du Jura», dit-il.

Très proche d’Augustin Rebetez, son cousin, qui s’apprête à décorer sa nouvelle usine, Jérôme est le frère de Camille, auteur de théâtre, et le fils de Péan, spécialiste du coaching et l’un des cofondateurs du Café du Soleil à Saignelégier, une utopie créée en 1980, un restaurant et un lieu alternatif d’animation culturelle. Tous ont suivi des parcours parfois difficiles mais ont persévéré, avec le concours de la famille.

Une famille culturelle

La culture est très présente chez les Rebetez. Le frère de Jérôme, Camille, né en 1977, est auteur de théâtre, créateur du théâtre Extrapol, scénariste de bande dessinée et enseignant (théâtre) à l’Ecole de culture générale à Delémont. Le dramaturge est aussi l’auteur, avec le dessinateur Pitch Comment, d’une saga BD en six volumes, Les Indociles, les aventures de trois Jurassiens en quête d’absolu, qui sera bientôt portée à l’écran à la RTS.

Au sein de la génération précédente, Pascal Rebetez, né en 1956, qui a participé à la création de Fréquence Jura, est le frère non seulement de Péan, mais aussi de François, pâtissier et chocolatier en Australie, et de Sœur Anne-Marie, qui a dirigé l’école Saint-Paul jusqu’en 2016. Il est aussi le père d’Augustin, d’Eduardo, de Lucie et d’Eugénie.

Pascal parle pudiquement, timidement, de certains membres de la famille, lors de notre entretien, mais aussi par exemple dans Les Prochains (Editions d’autre part), l’un de ses 18 ouvrages, un livre de 25 portraits singuliers de gens simples, émouvants, humbles, croisés durant sa vie, parfois jurassiens. Il y évoque brièvement son grand-père paternel, Albert, marchand-tailleur, «qui cousait comme d’autres écrivent», son père, André, chef de gare à Bassecourt, village où est né l’auteur, et sa sœur, religieuse, «mariée au Christ». Pascal, qui fut trente ans journaliste à la TSR (Viva, Temps présent, Passe-moi les jumelles), consacre sa préretraite aux Editions d’autre part, fondées en 1997, qu’il anime avec sa compagne, Jasmine Liardet.

Un deuxième entrepreneur est issu de cette branche. Eduardo, 30 ans, est fondateur de UrbanWashers, une société de pressing écologique fondée en 2016 à Genève. «J’ai toujours voulu être indépendant», expose-t-il. La start-up offre un service de livraison à domicile, lave le linge en réduisant l’impact environnemental et livre à domicile à vélo. «Mon rêve serait d’ouvrir un magasin dans le Jura», ajoute-t-il. Il se charge déjà d’une partie du linge de la brasserie BFM.

Collaboration avec le Théâtre de Vidy

Son frère, Augustin, né en 1986, est artiste visuel à Mervelier, diplômé de l’école de photographie à Vevey. Il est aussi bien photographe que dessinateur, sculpteur et plasticien. Augustin effectue aussi la mise en scène de pièces de théâtre et collabore avec le Théâtre de Vidy. Il y présentera Voodoo Sandwich en janvier 2020. «Mon art naît dans les décharges, grandit dans ma grange, et finit sur scène ou dans les musées», déclare-t-il.

Augustin a aussi réalisé avec son beau-frère Martin Zimmermann Mr. Skeleton, une série de 12 courts métrages dans le droit fil de Buster Keaton, qu’ils ont montré au Centre culturel de Paris cet été. Il exposera cet automne d’abord à Zurich, puis présentera un show en solo à Milan, en Allemagne, à La Chaux-de-Fonds, au Mexique et enfin en Russie.

S’il aide Jérôme à décorer sa brasserie, sa maman Michèle lui prête souvent main-forte côté pinceaux. Et c’est la sœur d’Augustin, Lucie Rihs, à Coppet, qui se charge de la communication de son atelier. «L’entraide est formidable dans cette famille, un vrai ping-pong solidaire», lance celle-ci. Sa mère, Genevoise d’origine, dit être devenue «Jurassienne de cœur tant j’aime ce pays, le parler franc et direct de ces gens», avoue cette femme qui débuta comme décoratrice de théâtre avant de rejoindre l’école de peinture de Bruxelles pour se former au trompe-l’œil. Une formation qui lui a permis plus tard de travailler sur les chantiers, comme spécialiste des problèmes de béton.

Eugénie Rebetez, enfin, est responsable de la mise en scène du défilé lors de la journée jurassienne de la Fête des Vignerons, ce dimanche 28 juillet. Partie à 15 ans en Belgique pour un bac danse, elle s’est lancée dans le one woman show il y a une dizaine d’années, après avoir travaillé dans différentes troupes. Comme l’écrit Pascal dans Poids lourd, «les familles vont et viennent, s’occupent et se déchirent, puis les fils se renouent, tiennent chaud et aident à vivre».


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