En ce jeudi 1er mai, alors que la planète finance tournait au ralenti, le brutal plongeon des cours sur les marchés des matières premières est apparu comme un coup de semonce. Rappelant, si besoin était, le mécanisme infernal enchaînant le prix des matières premières - qui se traitent en dollars - aux fluctuations du billet vert.

Depuis quinze jours, le dollar semble enrayer des mois de spirale baissière: il a regagné 3% face à l'euro, continuant également de remonter face au franc suisse ou au yen. Cela fait près de deux mois que la monnaie américaine n'a pas été aussi forte face aux six principales devises. Ce regain de vigueur a été amplifié par les propos tenus mercredi soir par la Réserve fédérale, laissant espérer aux marchés que le septième abaissement de ses taux directeurs serait peut-être le dernier de la série. Les signaux moins désastreux que prévus émis par la première économie mondiale - sur le front de la croissance ou de l'emploi - ont également soutenu le billet vert.

Les cours des matières premières ont réagi de manière caricaturale. En quatre jours, le pétrole, qui avait tutoyé les 120 dollars, a vu son prix de dégonfler de plus de 5% à 112,52 dollars. L'once d'or a plongé de 4,2% à 853 dollars. Sur la seule journée de jeudi, le prix du cuivre a basculé de 3,8%, le soja perdant plus de 3%, le cacao dévissant de 5,7%, le coton de près de 3%. En moyenne, l'indice général du prix des ressources naturelles UBS Bloomberg a ainsi perdu plus de 4% entre lundi et jeudi. Et si la plupart de ces matières premières ont vu leurs prix se stabiliser vendredi - le pétrole est remonté vers 116 dollars -, la secousse de jeudi n'en a pas moins été violente.

Les spécialistes continuent de s'opposer à cette explication - simpliste, à leurs yeux - liant la hausse des matières premières à la dépréciation du dollar ou à l'afflux des fonds d'investissement.

L'illusion du dollar

Ceux de Barclays Capital parlent d'une «illusion du dollar», pointant que «même exprimées dans d'autres devises, l'appréciation des commodités a été significative». Pour ces derniers, la raison de la hausse est toujours à chercher dans «le manque d'investissement dans de nouvelles sources de production, qui ne permet pas aux approvisionnements mondiaux de réagir à la demande frénétique de géants comme l'Inde et la Chine». Economiste au sein de Goldman Sachs, Jens Nording va plus loin. Selon lui, le simple phénomène comptable expliquant que le pétrole - qui s'échange en dollars - monte quand le billet vert se déprécie n'expliquerait en réalité pas plus du dixième de la corrélation. La relation serait même inverse: selon ses calculs, c'est l'envolée du pétrole qui nourrirait la faiblesse du dollar! L'interruption brutale de la hausse des matières premières, juste après la décision de la Fed, donne cependant l'impression du contraire.