Deux ans, exactement. En mars 2015, la Banque centrale européenne (BCE) lançait un programme de «QE» (assouplissement quantitatif) la conduisant à acheter des dizaines de milliards d’euros d’actifs pour relancer la croissance et éviter la déflation en Europe.

Officiellement, le plan doit continuer jusqu’à la fin de cette année au moins, au rythme de 80 milliards d’euros de rachats par mois, puis de 60 milliards dès avril prochain. Mais une donnée a changé: l’inflation, amorphe pendant des mois, semble revenir, à une vitesse qui inquiète, particulièrement en Allemagne.

La partie n’est pas gagnée

Ce jeudi, la BCE a maintenu le cap. Comme en janvier dernier, elle expliquait dans son communiqué que les taux d’intérêt resteraient bas, pour une longue période, plus longue que la durée du plan de rachat d’actifs. Loin de donner des signes d’un frein à son programme, l’institution s’est dite prête à accélérer le rythme des rachats si l’économie a besoin de davantage de soutien.

Lors de la conférence de presse, Mario Draghi a néanmoins ajouté qu’il n’y avait «plus de sentiment d’urgence» de prendre des mesures supplémentaires, alors que c’était encore le cas en janvier dernier. Les «risques de déflation ont disparu», a-t-il ajouté, sans s’autoriser à considérer «la partie comme gagnée sur le front de l’inflation».

L’inflation de retour à 2%

Pourtant, en février, l’inflation a atteint 2% dans la zone euro, soit le niveau que la banque centrale considère comme son objectif de stabilité des prix. Mais ce rebond s’explique surtout par la hausse des cours du pétrole et des prix de l’alimentation. Sans ces deux éléments, le renchérissement serait limité à 0,9%.

C’est sans doute la raison pour laquelle la BCE s’est jusqu’ici montrée inébranlable: «Nous ne devrions pas réagir à des statistiques individuelles et des hausses de court terme de l’inflation», a soutenu Mario Draghi début février devant le Parlement européen. Pour lui, l’économie européenne a encore besoin de soutien. En 2016, la croissance du produit intérieur brut (PIB) s’est montée à 1,7%.

Lever le pied

Des économistes allemands restent critiques. Dans sa dernière analyse, l’institut IFO n’hésite pas à donner des ordres: «C’est le moment de lever le pied de l’accélérateur.» Pour son président, Clemens Fuest, l’inflation devrait être proche de 2% pour l’ensemble de l’année, il faut donc commencer à réduire les rachats d’actifs d’au moins dix milliards par mois dès avril.

«La BCE devrait endiguer cette inondation d’argent, faute de quoi elle prend le risque de dépasser son objectif de 2% d’inflation», a-t-il ajouté. Il se fonde sur un sondage aux entreprises qui montre qu’une partie croissante d’entre elles prévoit d’augmenter les prix, ce qui aura comme effet de stimuler l’inflation, déjà en hausse en raison des prix du pétrole. Selon les dernières prévisions de la BCE, publiées jeudi, l’inflation devrait se limiter à 1,7% cette année et la croissance devrait atteindre 1,8%.

Alors que la BCE a déjà emmagasiné pour plus de 1500 milliards d’obligations, elle n’a pas d’autre choix que de commencer à freiner («taper», dans le jargon anglophone) ses rachats, estime aussi Pimco. Cité par le Financial Times, le leader mondial de l’obligataire considère que «l’efficacité de la politique monétaire décline et les risques d’une mauvaise allocation des ressources augmentent à mesure que ces mesures continuent». Pour le gérant d’actifs, la BCE attendra septembre avant d’annoncer un véritable «tapering».

Pour IG Bank, elle pourrait même attendre jusqu’à la fin de l’année, voire au début de 2018. Jusqu’à ce que l’inflation montre des signes d’accélération un peu plus solides qu’aujourd’hui.