Les crises créent aussi des opportunités. Depuis le 17 mars, date à laquelle la plupart des indices ont touché leur point le plus bas cette année, l'indice SMI a déjà regagné 13%. Le DAX et le CAC 40 ont, eux, rebondi de quelque 14% à Francfort et Paris. A Tokyo, l'indice Nikkei progresse même de 19% depuis la mi-mars. Outre-Atlantique, le S & P 500 s'inscrit en hausse de 11% par rapport au 10 mars.

Durant le même intervalle, l'indice VIX, qui mesure la volatilité des marchés, est retombé à 18 points lundi (32 points le 17 mars), signalant un retour au calme à Wall Street. La même tendance est observée en Suisse où l'indice VSMI, qui mesure la volatilité du SMI, a diminué de près de moitié par rapport à la mi-mars.

«Sucker's rally»

Simple rebond technique ou début d'un «rally» boursier plus durable, les spécialistes se montrent plutôt sceptiques quant à ce nouvel envol des marchés. Cité par l'agence Bloomberg, Jean-Marie Eveillard, gérant du First Eagle Global Fund, estime qu'il s'agit plutôt d'un «sucker's rally», terme généralement employé pour décrire une reprise peu durable. Nouriel Roubini, professeur d'économie à la Stern School of Business à New York, lui emboîte le pas en estimant qu'il s'agit d'un «rally de marché baissier» temporaire.

La semaine dernière, les bourses ont surtout été dopées par les chiffres favorables en provenance des Etats-Unis. La hausse de 0,6% du produit intérieur brut (PIB) au premier trimestre a dépassé les attentes, tandis que le taux de chômage a, lui, légèrement reculé à 5% en avril. Reste que c'est l'évolution des résultats d'entreprises qui sera la plus décisive pour les marchés ces prochains mois.

A cet égard, il est plutôt frappant de constater que les attentes des analystes demeurent très optimistes pour la seconde moitié de l'année aux Etats-Unis, ce qui expose aussi les marchés à une forte correction en cas de déconvenue. Si un recul de 6,6% des bénéfices des entreprises du S & P 500 est attendu entre avril et juin, comparé à la même période un an plus tôt, une progression de 12,1%, puis de 51,7% est escomptée pour les troisième et quatrième trimestres!

Qu'en est-il pour l'Europe? Dans une étude consacrée à différents marchés baissiers et aux phases de rebond qui les ont entrecoupés depuis les années 1970, Morgan Stanley formule un pronostic plutôt pessimiste quant à la durée du rebond en cours. «La plus grande certitude pour les 12 prochains mois est que les bénéfices seront souvent inférieurs aux attentes, tandis que la croissance des ventes ralentit et que les coûts augmentent», écrit la banque, qui ne s'attend pas à un nouveau véritable marché haussier avant 2009.

Plusieurs seuils à franchir

Du point de vue de l'analyse technique, la Banque cantonale de Zurich (BCZ) se montre plus optimiste, à court terme du moins. La banque observe une «pression à la hausse» qui devrait amener le SMI à tester ces prochaines semaines une résistance à 7780 points, contre 7658,26 points (-0,1%) lundi. Au-delà, l'indice se heurtera à une résistance supplémentaire vers 8070 points. A la baisse, le SMI peut compter sur des supports situés entre 7410 et 7440 points, puis de 7120 à 7140 points.