Les marchés européens ont débuté la semaine comme ils avaient fini la précédente: en beauté. Dans l'ensemble, les Bourses du Vieux Continent ont terminé la journée sur des hausses échelonnées entre 2,87% à Madrid à 3,97% à Stockholm (lire l'infographie ci-contre). Deux phénomènes au moins peuvent expliquer ce rebond. Tout d'abord, la chasse aux bonnes affaires, traditionnelle après des ventes excessives, comme les marchés en ont connues ces dernières semaines, en particulier jeudi. Après chaque baisse violente, il est en effet toujours des analystes pour affirmer qu'à ce tarif-là, il est intéressant de revenir sur les actions. Ce sont d'ailleurs les titres qui avaient été les plus massacrés récemment, comme France Télécom ou Zurich Financial Services, qui ont joui de la plus belle envolée.

Les Bourses ont également été fortement aidées par les propos, en toute fin de semaine dernière, des dirigeants de la Banque centrale européenne (BCE), qui laissent espérer aux opérateurs une baisse toute prochaine des taux dans la zone euro (lire Le Temps de lundi). Peut-être même, spéculent-ils, dès jeudi. Si l'on ajoute, d'une part, que dans un environnement aussi sensible que celui des marchés aujourd'hui, les mouvements à la baisse comme à la hausse sont très souvent exagérés, et d'autre part que les indices américains ont ouvert en forte hausse lundi, on comprend mieux la réaction presque euphorique des places européennes.

Pourtant, de l'avis de pratiquement tous les analystes interrogés, il serait prématuré, voire imprudent, de croire que le rebond sera durable. Certes, comme le relève Roland Duss, économiste à la banque Ferrier Lullin, il faudrait une boule de cristal pour le savoir. Mais plusieurs facteurs peuvent faire craindre que les mouvements haussiers de ce début de semaine avortent assez rapidement et peut-être même dès aujourd'hui. Il y a tout d'abord tous les investisseurs qui pourraient être tentés de vendre sur un petit bénéfice réalisé vendredi et lundi (ou sur la diminution d'une perte). Ensuite, rien n'indique que la Banque centrale européenne baissera effectivement ses taux jeudi. «C'est un peu un vœu pieux, estime Pascal Franc, responsable de l'analyse à la banque Mirabaud. Car si les tensions inflationnistes se sont calmées, elles restent toujours latentes.»

Les marchés se retrouvent dans une situation un peu similaire à celle de leurs homologues américains qui, il y a une semaine, voulaient à tout prix croire dans une baisse des taux de 75 points de base par la Fed. Cette dernière s'est contentée d'un relâchement de 50 points, suivi de la déconvenue boursière que l'on sait. Si la BCE – et l'on connaît l'obstination de son président Wim Duisenberg – se décidait à maintenir le statu quo monétaire encore quelque temps, les marchés pourraient subir une belle douche écossaise. De toute façon, tranchait lundi un observateur cité par l'AFP, «les seules baisses de taux intéressantes sont celles de la Fed, celles de la BCE me font sourire». Et de conclure: «La politique est européenne, mais les investissements sont américains, et le marché suit très exactement les indices américains.»

A terme pourtant, les analystes sont plutôt optimistes sur les marchés européens et suisse. Il faudra attendre pour cela la publication des résultats trimestriels de grandes sociétés qui pourraient, selon Pascal Franc, se révéler moins négatifs qu'attendu. Mais avertit-il, les mouvements boursiers à la hausse n'atteindront certainement pas les progressions constatées lundi. De surcroît, l'environnement restera toujours difficile.