Le week-end a été riche en événements pour Sabena. Ses deux principaux actionnaires, l'Etat belge et SAirGroup, se sont engagés à injecter 250 millions d'euros (380 millions de francs) sur deux ans dans la compagnie au bord de la faillite. Mais les syndicats sont venus jouer les trouble-fête en rejetant ce plan de recapitalisation. Les discussions reprennent ce matin entre la direction de l'entreprise et les partenaires sociaux, qui réclament des garanties pour l'emploi. Le plan de restructuration doit en principe être entériné dans la journée par le conseil d'administration de Sabena, avant une assemblée générale extraordinaire des actionnaires convoquée le 8 février.

La compagnie belge est au bord du précipice. En dépit d'une augmentation de 9,7% du trafic l'an dernier – 10,9 millions de passagers transportés –, elle s'enfonce à nouveau dans les chiffres rouges. Les résultats ne seront rendus publics qu'en mars, mais on parle déjà d'un trou de 8 milliards de francs belges (environ 300 millions de francs), voire de 10. En cause? La flambée des prix du carburant, un dollar fort et une concurrence féroce. En clair, Sabena est virtuellement en faillite. D'où l'urgence de prendre des mesures drastiques pour redresser la barre.

C'est ce qu'ont consenti ce week-end ses deux actionnaires. L'Etat belge, qui détient 50,5% du capital de la compagnie, et SAirGroup (49,5%) ont entériné samedi un plan de recapitalisation de 750 millions d'euros (1,14 milliard de francs) sur deux ans. La Belgique mettra la main à la poche pour 100 millions d'euros, SAirGroup intervenant pour 150 millions dans ce plan qui devra recevoir la bénédiction des gendarmes de la concurrence de la Commission européenne.

Outre cet apport d'argent frais destiné «à faire de Sabena une compagnie rentable», des économies devront être réalisées à hauteur de 300 millions d'euros par le biais de Blue Sky, un plan de restructuration lancé en octobre dernier. Enfin, 150 millions d'euros seront obtenus par la vente et la filialisation de certaines activités (maintenance, catering, cargo et manutention des bagages) à SAirGroup, dont la part dans le capital de Sabena passera à 85% cette année en principe.

Rik Daems, le ministre belge des Participations publiques, a souligné que cette injection de capital serait la dernière. Mais il a surtout insisté sur le fait qu'elle est conditionnée à la mise en œuvre effective du programme d'économies Blue Sky. «Il est exclu que nous mettions de l'argent à fonds perdus dans l'entreprise, a-t-il dit. Nous devons avoir la certitude que Blue Sky sera réalisé. L'attitude de nos partenaires suisses est exactement la même: ils ne mettront pas d'argent sur la table si la situation n'est pas claire.»

Les syndicats, très puissants au sein de l'entreprise qui emploie 11 200 personnes, ne l'entendent pas de cette oreille. A l'issue de cinq heures de réunion samedi soir, ils se sont rebiffés en rejetant le plan de recapitalisation. «Cette injection de fonds ne garantit pas le futur de la compagnie», a expliqué un représentant des syndicats, qui contestent le gel des salaires, la filialisation de certaines activités et les 450 à 500 suppressions de postes prévues par Blue Sky. Les pilotes sont les plus radicaux. La Belgian Cockpit Association, qui regroupe les 1100 pilotes de la compagnie, se montre très critique au sujet de la gestion de Sabena par SAirGroup, qu'elle accuse de dépouiller l'entreprise.

Associer les employés

Rik Daems et la direction de Sabena ont tenté de calmer les esprits en présentant dimanche aux syndicats les garanties arrachées à SAirGroup. Sans attendre l'entrée en vigueur des accords bilatéraux, la Belgique comptera ainsi en mai déjà un représentant au sein du conseil d'administration du groupe suisse. Histoire d'associer davantage les employés de Sabena aux décisions prises à Zurich. Le ministre en convient: «Aujourd'hui, on ne sait pas ce qui se passe au sein de SAir board.» Reste à voir si les syndicats se satisferont de ces garanties. «S'ils ne s'engagent pas clairement à appuyer Blue Sky, lâche une source proche de la direction de Sabena, les banques ne nous soutiendront pas, ce sera fini.»