L’institut conjoncturel zurichois KOF abaisse nettement ses prévisions pour l’économie suisse. Il table désormais sur un produit intérieur brut (PIB) en recul de 2,4% cette année, alors qu’en décembre encore il prévoyait - 0,5%. En 2010, la croissance devrait encore être négative, à -0,3%, alors que la prévision était encore de + 0,6% il y a trois mois.

Le 12 mars dernier, la Banque nationale suisse avait pour sa part pronostiqué un recul du PIB situé entre 2,5 et 3% pour 2009 (elle ne publie pas de prévisions pour 2010).

Selon le KOF, la récession sera plus grave et plus longue que prévu: «Divers facteurs suscitent un profond pessimisme à propos de l’évolution de la conjoncture cette année, même si, après les effondrements observés ces derniers mois, une contre-réaction technique temporaire, susceptible de stimuler la croissance à court terme dans l’un des trimestres à venir, ne semble pas exclue», précise son communiqué.

Certains indicateurs avancés suggèrent que la contraction ne s’aggrave pas actuellement, tel l’indice des commandes industrielles de février aux Etats-Unis, les ventes de logements neufs dans ce même pays, ou encore l’indice allemand IFO sur le climat des affaires. On observe aussi que la baisse du prix des matières ne s’est pas poursuivie, certaines bénéficiant même d’un retournement de tendance en ce moment. «Reste à savoir si ces signaux se révéleront effectivement durables», relativise le KOF.

La Suisse a enregistré au 4e trimestre 2008 son plus fort recul du PIB depuis le milieu des années 70, poursuit l’institut. La chute des exportations a été principalement provoquée par le commerce dit de transit (négoce de matières premières). Dans le secteur des services, les banques sont doublement touchées par les effets de la crise sur la masse des actifs gérés, et par les restrictions annoncées du secret bancaire. Si l’exode de capitaux étrangers qui y sont liés est difficile à chiffrer, le mouvement se produira bel et bien, estime l’institut.

La consommation privée, qui avait bien résisté jusqu’en janvier, s’affaiblira «au moins jusqu’à mi-2010», tandis que les consommateurs adapteront leurs dépenses à l’évolution des conditions. Parmi celle-ci, le taux de chômage jouera un rôle déterminant. Or le KOF le voit monter à 3,5% cette année et à 4,8% en 2010. Sur ce plan, «les perspectives s’avèrent très défavorables pour l’automne à venir», précise-t-il.

La récession aura aussi un effet sur le budget public total (cantons, Confédération, communes et assurances sociales): il atteindra 0,6% du PIB cette année et 1,5% en 2010. Au niveau de la Confédération, le déficit devrait atteindre 2,5 milliards de francs l’an prochain.

S’agissant des mesures prises par la Banque nationale (baisse des taux notamment), le KOF relève leur caractère en partie «symbolique» du fait que les entreprises suisses sont moins tributaires du capital emprunté que celles d’autres pays.

Quant à la sortie du tunnel, l’institut zurichois la voit pour la fin de l’année dans les secteurs d’exportation de marchandises, traditionnellement les premiers à sentir les effets cycliques. «Le contexte international réservé ne promet toutefois qu’une expansion très progressive», ajoute-t-il. Il faudra attendre la fin de 2010 pour que les exportations retrouvent un niveau comparable à celui de 2006, ajoute-t-il. Nous ne prévoyons un retour à la croissance potentielle que dans quelques années.»

Toutes ces hypothèses ne sont exemptes de «surprises désagréables», conclut le KOF. Elles supposent notamment que les mesures de relance prises à l’échelle mondiale commenceront à déployer leurs effets et ne seront pas contrariées par une cassure non anticipée des marchés.