«Quand on connaît le succès, on risque de se reposer sur ses lauriers», a prévenu d’entrée Lino Guzzella, président de l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich (EPFZ). Il est essentiel de se rappeler d’où vient notre succès, a-t-il expliqué lors d’un débat réunissant plusieurs grands patrons suisses et le ministre de l’Economie Johann Schneider Amman sur le thème du modèle suisse en danger.

Animé par la présidente du Conseil national Christa Markwalder (PLR/BE), ce débat, qui ressemblait davantage à une discussion entre personnes du même avis, très peu mises au défi dans leurs prises de position, a trouvé un premier terrain d’entente autour de la formation. «Pour continuer d’attirer des talents, il faut en former», a expliqué Lino Guzzella, qui en a profité pour souligner l’importance cruciale du projet européen Horizon 2020, dont la participation de la Suisse est mise en danger par la votation du 9 février 2014 sur l’immigration.

Surtout, ne rien changer au système de formation, a enchaîné Ulrich Spiesshofer, directeur général d’ABB, qui a affirmé que les économies dans ce domaine auraient des conséquences néfastes. Le responsable du groupe zurichois a également insisté sur l’importance d’une main-d’œuvre qualifiée pour l’économie, venant de Suisse et d’ailleurs. Il est possible que les quotas pour certaines compétences spécifiques doivent être revus à la hausse, a d’ailleurs ajouté Rolf Dörig, qui dirige le numéro un mondial du travail temporaire, Adecco.

Autant de formation, mais moins d’interventionnisme de l’Etat. Dans une discussion où le franc fort n’a étonnamment pas été cité une seule fois au rang des risques qui pèsent sur l’économie, les orateurs se sont aussi entendus sur les dangers d’une bureaucratie et d’une réglementation envahissante. «Il n’est pas nécessaire de créer des normes dès le moindre problème», a lancé Johann Schneider Amman. Et Rolf Dörig de citer les quotas de femmes, principe auquel il s’oppose. Malgré une représentation particulièrement faible en comparaison internationale, le responsable a estimé que l’économie pouvait régler seule, sans intervention de l’Etat, ce problème.

Pour le Conseil fédéral en charge de l’Economie et président de la Confédération, il faut faire confiance aux entreprises. Trop de règlements créent de la méfiance et risque de faire fuir les entreprises. Une loi créée doit en faire disparaître une autre, «c’est simple», a embrayé Ulrich Spiesshofer. Ce, alors qu’on fabrique sans cesse de nouvelles règles, a déploré Sergio Ermotti, directeur général d’UBS. Pourtant, il est essentiel de maintenir les conditions-cadres de la Suisse, a plaidé le banquier tessinois. Tout en prévenant: «C’est important, car, ailleurs, la concurrence ne dort pas. Certes, la Suisse s’en sort bien par rapport à ses voisins directs, mais la comparaison a ses limites car la concurrence ne vient pas uniquement d’Europe.»

Les bouleversements technologiques représentent une opportunité pour le pays, ont repris les participants. «Je suis optimiste pour la Suisse», a assuré Rolf Dörig, rappelant que des études d’Adecco ont montré que le pays a été considéré comme le plus attractif au monde par les talents sept années de suite.