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Le réchauffement climatique réconcilie la morale et l’économie

En décembre de cette année, à Paris, les dirigeants politiques du monde entier se rassembleront pour décider des mesures à adopter pour lutter contre le changement climatique. L’appel vigoureux lancé par le pape François dans sa récente encyclique, Laudato Si, tombe ainsi au meilleur moment. Nous ne pouvons et ne devons rester indifférents au vibrant message que celui-ci nous adresse, comme d’autres avant, à propos du réchauffement climatique, de ses conséquences, et surtout de l’impact de ces phénomènes sur les populations les plus fragiles.

L’intérêt porté par l’encyclique à la question du climat met en lumière l’impératif moral qui intime à chacun d’agir. En tant que dirigeants d’entreprises internationales, nous avons la chance de pouvoir agir à l’échelle de la planète et, dans le meilleur des cas, nous pouvons espérer que nos actions aient un écho suffisant pour inspirer d’autres dirigeants afin qu’ils agissent à leur tour.

Cet impératif moral est l’une des raisons pour lesquelles nous assumons nos responsabilités sur les problématiques liées au changement climatique. Axa est ainsi le premier assureur mondial à se désengager du charbon, énergie fossile la plus polluante, en diminuant ses investissements dans les activités liées à ce secteur. Nestlé, pour sa part, favorise une utilisation plus efficace et responsable de l’eau tout au long de sa chaîne de production. Nos deux entreprises se sont fortement mobilisées pour diminuer leurs émissions de gaz à effet de serre, et chacune d’entre elles est aujourd’hui considérée comme un exemple dans son secteur par le «Carbon Disclosure Project» (CDP). Axa et Nestlé travaillent également à réduire l’insécurité alimentaire au niveau mondial, en soutenant les meilleures innovations en matière de pratiques agricoles et en développant des programmes d’assurance adaptés afin de mieux protéger les agriculteurs et leurs récoltes des conséquences du changement climatique.

Bien sûr, l’impératif moral n’a pas été le seul moteur de ces décisions. L’impératif économique a joué également un rôle déterminant: en matière de changement climatique, le coût de l’inaction dépasse largement celui de l’action, en particulier si les impacts sur la santé publique sont pris en compte dans l’équation.

Le climat et les ressources en eau sont fondamentalement les deux facteurs dont dépend l’avenir de l’industrie alimentaire mondiale. Atténuer leur impact et s’y adapter est désormais au cœur des stratégies d’approvisionnement. Nestlé a lancé des programmes d’adaptation au changement climatique et à la gestion de l’eau, que la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (UNFCCC) juge exemplaires. Ces programmes permettent de soutenir 680 000 agriculteurs, et nous sommes convaincus de leur efficacité pour rendre toute la chaîne logistique plus résiliente et par conséquent notre croissance plus durable et notre contribution à la sécurité alimentaire plus substantielle.

Dans l’industrie de l’assurance, l’activité, qui consiste en tant qu’experts du risque à protéger les personnes et les biens sur le long terme, est intimement liée à la stabilité de nos économies et de nos écosystèmes. Les assureurs sont ainsi les premiers frappés par les conséquences financières du changement climatique, que certains estiment à plus de 5% du PIB mondial. Il n’est pas seulement plus juste d’atténuer les impacts du changement climatique, c’est aussi un enjeu de bonne gestion de nos activités et de l’économie en général. En réalité, un monde avec 2°C de plus pourrait encore être assurable, un monde avec 4°C de plus ne le serait certainement plus. C’est cet impératif économique qui nous conduit à investir dans des technologies vertes qui contribuent à réduire les émissions globales de CO2, et ces investissements seront multipliés par trois dans notre portefeuille d’ici à 2020.

La convergence de l’impératif moral avec l’impératif économique sur cette question du réchauffement climatique et de la gestion de la ressource en eau nous place devant un choix évident: il faut agir et agir vite. Cet alignement d’intérêts autour d’une cause commune ne rassemble pas seulement des dirigeants issus de secteurs très variés, mais aussi les représentants de la société civile, et maintenant les leaders religieux.

Quand les dirigeants politiques du monde entier se réuniront en décembre à Paris pour décider ensemble de l’action à mener, ils devront être conscients que le secteur privé considère celle-ci comme vitale. Espérons qu’ils seront à la hauteur de leur impératif moral et économique afin de transmettre l’héritage durable dont la planète a désespérément besoin.

* Président du conseil d’administration de Nestlé SA

** Président-directeur-général du groupe AXA

En matière de changement climatique, le coût de l’inaction dépasse largement celui de l’action