En gestion de portefeuille, la recherche d'alpha s'apparente parfois à la quête du Graal. Tout le monde le désire sans vraiment savoir où en trouver et de multiples définitions coexistent. Souvent mesuré comme le rendement en excès d'un indice de référence, il représente le talent du gérant à battre le marché. Pour qu'il en soit ainsi, cet excès de rendement ne doit pas être le résultat de la chance, mais celui d'une gestion active. On cherchera donc un excès de performance qui soit mesurable, cohérent et explicable. Fait important, il est indépendant du marché sur lequel il est généré.

L'observation de l'offre de fonds de placement traditionnels montre que peu de gestionnaires battent systématiquement leur indice. Bien que cela n'enlève rien à leur talent de gestion, force est de constater que les coûts, contraintes de gestion et efficience des marchés sont autant d'obstacles à la génération de cet alpha tant recherché. Par exemple, les objectifs de déviation minimale de la performance du fonds par rapport à son benchmark diminuent fortement l'univers d'opportunités et la liberté du gestionnaire. Le gérant détiendra alors une majorité de positions dont le but est de répliquer l'indice au lieu de le surpasser.

Ce problème d'alpha en moyenne faible ou négatif est bien connu et au fil du temps des substituts à la gestion active ont été proposés aux investisseurs. En premier lieu, de nombreux produits structurés ou fonds indiciels (ETF) offrent une réplication à bas coûts de l'exposition de marché tels que actions européennes, japonaise ou autres. En d'autres mots, ces produits sont des placements dans l'indice de référence, soit le «bêta» inhérent aux fonds traditionnels. A l'opposé, le fort développement d'instruments visant une performance absolue avec peu de contraintes de gestion, tels que les hedge funds, permet d'accéder à des rendements potentiellement peu corrélés aux marchés. On peut bien sûr débattre de savoir si ces véhicules proposent uniquement de l'alpha, mais il est sûr que cette bipolarisation des solutions d'investissements que nous observons aujourd'hui représente un défi majeur pour l'industrie de la gestion active traditionnelle.

Cette évolution a des conséquences importantes sur le modèle de gestion et offre un choix nouveau. L'investisseur moderne peut désormais séparer l'alpha du bêta de son portefeuille en utilisant deux budgets distincts. En clair, il peut dissocier le besoin d'avoir une exposition aux marchés de celui de générer de la performance en excès des indices. Il s'agit bien de deux problèmes différents: d'une part, nous avons une exposition passive au marché, à bas coûts, où l'allocation aux classes d'actifs ou secteurs est l'élément déterminant de la performance. Et d'autre part, nous avons une délégation à des gérants actifs sans exposition au benchmark où la sélection du spécialiste et celle de la stratégie deviennent des éléments clés de la production d'alpha. Ces fonds spécialisés ayant moins de contraintes, ils pourront produire une performance ajustée au risque plus efficiente, voire selon les circonstances plus élevée.

Une application de ce concept est connue sous le nom de transfert d'alpha. Cette technique propose d'aller chercher de l'alpha auprès de gérants spécialisés, puis de le rapatrier sur la classe d'actifs originale où l'alpha est en moyenne faible. Au final, l'investisseur recevra un rendement égal à celui de l'indice de référence, auquel on ajoutera la performance des fonds spécialisés et où on soustraira les coûts de financement liés à la structure. Les avantages de ce produit sont importants. Par exemple, une nouvelle source de profit est introduite sans modifier l'allocation stratégique du portefeuille. Cette technique est particulièrement attractive sur des actifs ayant de faibles attentes de rendement dans une analyse de congruence actifs/passifs pour caisses de pension. On notera également que la performance attendue du produit alpha portable est supérieure au rendement d'un gestionnaire actif sujet aux contraintes décrites ci-dessus.

Finalement, on remarquera que la séparation entre l'alpha et le bêta représente déjà une réalité et que des produits d'alpha portable rencontrent un succès grandissant auprès de la clientèle institutionnelle. Bien que l'implémentation de cette stratégie comporte des défis importants, il ne serait pas surprenant de voir l'offre de produit alpha portable grandir dans un futur proche.