Rares sont ceux à encore en douter. Le 30 novembre, le Fonds monétaire international (FMI) devrait annoncer l’inclusion du renminbi à son panier de devises de référence. Après avoir été repoussé plusieurs fois, le dossier figure à l’agenda de la réunion du comité exécutif du FMI prévu lundi prochain, a annoncé il y a dix jours sa présidente, Christine Lagarde. Car autant les équipes du Fonds que les Etats-Unis, qui n’accusent plus la Chine d’affaiblir artificiellement sa devise, soutiennent ce changement prévu pour prendre effet le 1er octobre 2016.

«C’est une décision symbolique importante, analyse Francis Cheung, responsable de la stratégie pour la Chine et Hong Kong auprès du courtier asiatique CLSA. Cela confirme la puissance de la deuxième économie du monde.»

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Le renminbi rejoindra les quatre autres devises qui composent les Droits de tirage spéciaux. Créés en 1969 par le FMI pour soutenir le système de changes de Bretton Woods, qui s’est néanmoins effondré peu après, les DTS servent d’actifs de réserve internationaux. En cas de crise, les pays membres du FMI peuvent les échanger contre les monnaies qui les composent. Ils ont retrouvé un rôle «déterminant» pour maintenir à flot le système économique mondial après la crise financière de 2008, explique le FMI.

Les DTS sanctifient le statut de monnaie de réserve, une distinction recherchée par Pékin depuis plusieurs années afin d’étendre son influence financière dans le monde. La dernière modification du panier remonte à l’an 2000, avec le remplacement du mark allemand par l’euro, à côté du dollar, de la livre et du yen.

Le FMI n’admet que les devises émises par des pays jouant un rôle majeur dans le commerce mondial. La Chine, premier exportateur et bientôt premier importateur mondial, remplit ce critère depuis plusieurs années. En revanche, le renminbi n’en satisfaisait pas un second: être «librement utilisable». La devise chinoise n’est convertible qu’à certaines conditions. Ces dernières se sont néanmoins assouplies, notamment avec la multiplication des échanges directs avec les autres grandes devises, dont le franc suisse. Le FMI juge ces assouplissements suffisants.

Le dollar reste la devise reine, utilisée en septembre dans près de 40% des paiements internationaux, selon Swift, la plateforme mondiale des échanges financiers. L’euro arrive en deuxième position (près de 30%), tandis que le renminbi occupe la cinquième position (2,5%). Mais en 2008, il n’occupait que le 12e rang, derrière le dollar de Singapour.

Il en va autrement dans les portefeuilles des grands détenteurs de devises. La part consacrée au renminbi est «relativement négligeable», relève dans un rapport publié la semaine dernière Koon How Heng, un analyste de Credit Suisse. La devise chinoise pèse moins que le franc (0,3%), selon les chiffres du FMI. Cela va-t-il changer? «Les banques centrales vont être les premières à acheter du’RMB’pour leurs réserves de changes, anticipe Francis Cheung. Je ne m’attends toutefois pas à une ruée des investisseurs sur la devise chinoise parce que les plus grands peuvent déjà s’en procurer, bien plus facilement qu’il y a deux ou trois ans.»

De plus, à court terme, le renminbi risque de se déprécier. Cet été, la banque centrale chinoise (PBOC) en a fait l’expérience en relâchant quelques jours le taux de change. La devise a alors perdu quelque 3%. Sans oublier que, «malheureusement pour le renminbi», écrit Koon How Heng, son inclusion dans les DTS tombe à un «mauvais moment». La Réserve fédérale américaine s’apprête à relever ses taux d’intérêt, ce qui va renforcer le dollar au détriment des autres devises. Sans oublier que les capitaux continuent de quitter la Chine, même si le rythme des flux s’est récemment ralenti.

Pourtant, les placements en renminbi offrent des rendements «séduisants», avance l’analyste de Credit Suisse. Les obligations à 10 ans de Pékin «paient encore un coupon respectable de 3,15%», un montant «très favorable» comparé à celui offert par les autres grands Etats de la planète, souligne Koon How Heng. Qui regrette cependant que ce marché soit encore difficile d’accès pour les investisseurs individuels.

Francis Cheung espère que la situation va s’améliorer. «L’inclusion du RMB dans le panier du FMI va pousser la Chine à réformer son système financier, prévoit le stratège de CLSA. C’est essentiel pour qu’elle puisse mieux allouer le capital et maintenir sa croissance au-dessus de 6% par an.» Au début du mois, le gouverneur de la PBOC, Zhou Xiaochuan, a annoncé vouloir faire du renminbi une devise «vraiment convertible» d’ici 2020.