Un œil sur la place financière

Reconstruire les infrastructures suisses grâce aux capitaux privés

La compétitivité future de la Suisse dépendra beaucoup de la qualité de ses infrastructures. Il est urgent de les adapter aux défis du XXIe siècle. Or, il existe aujourd’hui une fenêtre d’opportunité unique pour le faire grâce à l’utilisation plus intensive de capitaux privés

Aujourd’hui, nos aéroports, nos liaisons ferroviaires, nos réseaux routiers, nos centrales énergétiques et nos câbles télécoms ne sont plus adaptés à l’économie mobile et digitale du futur. Si nous souhaitons pouvoir défendre la compétitivité de la Suisse et favoriser la création d’emplois à forte valeur ajoutée dans les industries du futur, nous devons viser une amélioration substantielle de la qualité de nos infrastructures.

Les prévisions conjoncturelles présentées en septembre par le Groupe d’experts de la Confédération le confirment. La Suisse souffre d’un manque d’investissement à long terme. La révision à la hausse du produit intérieur brut helvétique à 1,5% pour l’année en cours, suivi d’une augmentation de 1,8% en 2017 n’y change rien. L’économie suisse connaît une «stagnation douce». Une politique volontariste d’investissement dans les infrastructures du pays permettrait de soutenir une économie qui continue de souffrir de son franc fort.

Les projets dans le domaine de la route, du rail ou de l’énergie sont multiples à travers le pays et exigent un financement. Plus proche de nous, la réalisation d’un projet de traversée de la rade à Genève, dont le principe a été approuvé par le peuple genevois en juin dernier, dépendra beaucoup de son mode de financement.

Une politique de prudence soutenue par le peuple

Certains ont vu récemment dans l’accumulation de réserves de devises par la Banque nationale suisse (BNS) l’opportunité de créer un fonds souverain, sur le modèle de la Norvège ou des pays du Golfe. Son caractère de long terme pourrait servir à financer des projets d’envergure et d’intérêt national. Or, tout l’avantage de ces réserves pour la BNS réside aujourd’hui dans leur liquidité à court terme. Leur affectation sur un horizon temps plus lointain réduirait la capacité de la banque centrale helvétique à pratiquer une politique monétaire flexible et réactive.

D’autres appellent la Confédération à prendre un rôle majeur dans le financement de nos infrastructures, quitte à augmenter de manière significative les taux d’endettement du pays. Pour l’instant, le mécanisme de frein à l’endettement, accepté le 2 décembre 2001 par les Suisses, limite très clairement la marge de manœuvre. Le Conseil fédéral, inspiré par les difficultés rencontrées par nos voisins européens, vise à implémenter un programme d’économies évaluées entre 1 et 1,5 milliard de francs jusqu’en 2019. L’heure est plutôt à l’austérité.

Une telle politique de prudence dans la gestion des budgets publics est aujourd’hui largement soutenue par la population suisse, comme l’indique un sondage publié en octobre par le think tank Avenir Suisse. Les Suisses favoriseraient à une forte majorité une politique budgétaire économe et, en cas d’excédents, une réduction supplémentaire des dettes de l’Etat.

La dure réalité des taux négatifs

La marge de manœuvre de nos collectivités publiques ne permettant pas de répondre aux besoins d’investissement importants requis pour le développement de nos infrastructures, il est temps de réfléchir à des alternatives crédibles.

Nos institutions de prévoyance privée, qui constituent le deuxième et le troisième pilier, ainsi que de nombreux épargnants suisses, sont aujourd’hui confrontés à la dure réalité des taux négatifs en francs suisses. En abaissant les taux courts, la BNS a contribué à un affaissement généralisé de la courbe des taux. Les bons de la Confédération à 10 ans offrent -0.18% de rendement.

Dans un système de prévoyance qui nécessite entre 2% et 3% de rendement pour assurer le financement équilibré de nos retraites, les investisseurs institutionnels, les caisses de pension, les assureurs vie et les épargnants privés sont aujourd’hui confrontés à un double défi impliquant la recherche de rendements attractifs de long terme tout en augmentant la diversification de leur portefeuille avec des actifs moins corrélés à la volatilité des marchés.

Liquidités abondantes, recherche de rendement, nécessité de diversification: il existe une opportunité unique de mieux utiliser les capitaux privés de nos avoirs de prévoyance pour financer la réalisation d’infrastructures. Les investisseurs institutionnels, au bénéfice d’horizons de placement orientés sur le long terme, investiraient directement dans le financement de projets d’infrastructure, par le biais de partenariats de type public-privés (PPP). L’Australie et le Canada pratiquent une telle politique depuis longtemps. Les fonds de pension australiens et canadiens sont parmi les premiers à avoir investi en actifs d’infrastructures dans les années 1990.

Rendements stables et diversifiés

Pour l’investisseur institutionnel, «l’infrastructure» représente en tant que classe d’actif des caractéristiques intéressantes par rapport à des obligations ou des actions. Elle génère des rendements relativement stables à long terme. Elle participe à la diversification des portefeuilles. Elle se distingue par sa faible corrélation aux marchés financiers.

Pour réussir, les partenariats public-privé doivent reposer sur une base légale adaptée et compétitive. Les instruments de mise en place sont variés et doivent être choisis en fonction des circonstances de chaque projet. Récemment, une étude de l’IMD soutenait la création d’une véritable banque d’Investissement et d’Infrastructure pour la Suisse. Au bénéfice d’une garantie d’Etat, l’institution émettrait des obligations avec un rendement fixe déterminé et non négociable.

Indéniablement, le financement de nos infrastructures du futur par le secteur privé devrait être considéré comme une alternative sérieuse et crédible. Cette solution serait l’occasion de soutenir durablement la croissance et la compétitivité de notre pays, tout en permettant à nos institutions de prévoyance d’améliorer les rendements de nos retraites futures.

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