La réserve de terrains destinés à l'artisanat et à l'industrie est «manifestement surdimensionnée» dans le canton de Vaud, selon une étude de l'Observatoire BCV de l'économie vaudoise sur l'immobilier non résidentiel. «Pourquoi avoir la capacité d'accueillir environ trois quarts de main-d'œuvre supplémentaire, alors que ce secteur est manifestement en décroissance et que, à l'inverse, on ne serait capable de loger que 20% d'habitants de plus?» s'interroge Paul Coudret, auteur de l'étude.

Cette dernière complète un autre rapport de l'Observatoire BCV qui portait, en 2007, sur le secteur résidentiel. Il soulignait la pénurie de logements sévissant dans le canton, due notamment à un phénomène de thésaurisation.

Lacunes statistiques

Les économistes de la BCV se sont heurtés aux lacunes de l'appareil statistique: il n'existe aucun inventaire centralisé de l'offre de terrains disponibles, d'où le nom de l'étude, Les limites du système D. Les acteurs doivent s'adresser à moult organismes officiels ou para-officiels pas toujours coordonnés. Une base de données informatisée a été récemment supprimée parce que sa mise à jour ne suivait pas. Certaines régions, la Broye par exemple, ont une vision claire et actualisée de leurs stocks de terrains, d'autres (Nyon, Riviera) n'en ont qu'une vague idée. Une des recommandations est d'améliorer la connaissance du marché par l'intermédiaire des «guichets d'entreprise», qui pourraient remplir le rôle de conseil décentralisé.

C'est donc par recoupements et estimations que l'Observatoire BCV arrive à un stock théorique de 1400 hectares réservés à l'industrie et à l'artisanat, correspondant à 43% des terrains déjà affectés à ce secteur, tandis que le stock pour l'habitat est de 2800 hectares, ou 16% du total seulement. L'emploi secondaire a reculé de 61300 à 58300 équivalents plein-temps entre 1995 et 2005, tandis que celui du tertiaire augmentait de 179300 à 192200 équivalents plein-temps.

Après l'arrêté Bonny

«Si l'essor économique venait à faiblir [...], les projections démographiques pourraient s'avérer surévaluées en termes d'emplois», avertit l'étude. Elle s'interroge aussi sur les effets qu'aura la suppression de l'arrêté Bonny et des avantages fiscaux offerts jusqu'en 2007 aux sociétés étrangères s'implantant dans le canton. Nombre d'entre elles (64) en ont encore profité l'an dernier, mais «il n'est pas démontré que les effets de l'abrogation de l'arrêté Bonny puissent être véritablement compensés par l'attractivité intrinsèque du canton».

L'Observatoire BCV recommande également une meilleure gestion de l'offre des surfaces non résidentielles, en accélérant la redéfinition des plans d'affectation communaux. Ceux-ci sont trop rigides et ne favorisent pas la mixité des activités, alors que la séparation classique entre industrie, commerces et logement correspond de moins en moins aux modes de vie actuels. Pour que ce travail avance en harmonie avec le nouveau Plan directeur cantonal, en vigueur depuis août 2008, encore faut-il que les plus de 350 communes vaudoises travaillent davantage main dans la main...