Le Forum économique mondial (WEF) utilise pour le recrutement de ses collaborateurs une stratégie semblable à celle qui fait sa réputation à Davos où se pressent les dirigeants politiques et économiques de la planète: la mobilisation des réseaux et des nouvelles technologies, associées aux bonnes vieilles méthodes de networking. «Notre conviction et notre expérience nous conduisent à utiliser des canaux de communication différents pour toucher tous les publics que nous voulons atteindre», explique d'emblée Agnès Gabirout, responsable du recrutement au siège du WEF, à Genève. Elle a exposé la politique de recrutement mise en place par le Forum la semaine dernière, à Genève, lors du Salon des ressources humaines, au cours d'un débat organisé par le magazine spécialisé HR-Today sur le thème du recrutement en ligne.

Sa stratégie cherche à cumuler les avantages des différents supports: le recrutement en ligne sur le site de la société, la publication des offres sur des portails web ou des réseaux professionnels, et des annonces dans les journaux. Elle mêle stratégie de communication, création d'une image de marque et techniques de marketing.

Image de marque

En 2005, lorsqu'elle est arrivée au WEF, l'engagement des collaborateurs était délégué à l'extérieur, à des chasseurs de têtes ou des agences de placement selon les profils recherchés. La nouvelle responsable a proposé de «réintégrer le recrutement à l'interne». Pour ce faire, une plate-forme en ligne a été mise en place. Elle permet de gérer la totalité des embauches par Internet. «Nous voulions construire une image de l'organisation comme employeur de qualité à Genève», explique Agnès Gabirout. Le WEF engage aussi bien des chauffeurs et des réceptionnistes que des responsables d'événements, des finances ou d'autres dirigeants de haut vol. «Nous recevons entre 60 et 260 CV par poste ouvert», annonce la responsable. Aujourd'hui, le WEF emploie 360 collaborateurs, dont 310 à Genève.

La politique de recrutement repose donc sur plusieurs piliers. Le site web du WEF d'abord. Une section «Carrières» a été développée sur le site, la totalité des postes à pourvoir y est publiée. Une solution de gestion des candidatures électroniques a été mise en place. Elle s'accompagne de la création d'une banque de données des candidats.

«Nous travaillons aussi avec les bourses d'emploi en ligne», ajoute Agnès Gabirout, c'est-à-dire les portails comme jobs.ch, Monster ou jobUp, «pour communiquer au niveau local et international, lorsque nous voulons que les postes circulent sur le Web.»

Le WEF travaille également avec 150 associations d'anciens étudiants et les services de placement des grandes universités à travers le monde, à qui les postes sont transmis lorsque le WEF recherche des profils internationaux.

Graphisme identique

Cette stratégie sur la Toile n'exclut pas les annonces dans les journaux, locaux et internationaux. «Nous voulons attirer l'attention sur le fait que nous offrons des possibilités de carrière, explique Agnès Gabirout. Cela nous amène des CV, qui peuvent parfois être basculés sur d'autres postes. Nous avons créé un format particulier d'annonces reprenant la forme de notre logo, un cercle bleu. Nous les utilisons pour toutes les annonces, quel que soit le niveau du poste. Le texte met en avant la mission et les valeurs du Forum, ainsi que les qualités personnelles recherchées chez le candidat.» Pour quels profils? «Nous avons surtout besoin de la presse pour les postes qui se situent aux deux extrémités» de l'échelle, les postes les plus élevés et les moins qualifiés, estime-t-elle.

Last but not least, «nous utilisons le réseau professionnel LinkedIn, qui a développé récemment une section spécifique pour publier des postes», ajoute Agnès Gabirout. «Ces réseaux sont intéressants, commente le consultant Olivier Maillard, car les profils y sont tenus à jour et l'information à disposition est valable. Pour les entreprises, ils permettent par exemple de rester en contact avec d'anciens collaborateurs qui pourraient revenir un jour.»

Résultat de cette stratégie diversifiée: «Nous avons maintenant la capacité de repourvoir tous nos postes et nous avons multiplié le nombre de candidatures spontanées par quatre, lance Agnès Gabirout. Cela nous permet d'avoir un vivier de candidats motivés que nous pouvons recontacter dès que nous avons des opportunités.»

Ne pas craindre la quantité

Le service RH reçoit-il trop de candidatures depuis le passage au recrutement en ligne? «Il ne faut surtout pas avoir peur de la masse de CV, lance Agnès Gabirout. La qualité vient avec la quantité et cela permet de repérer les gens.» En fait, aujourd'hui, constate Christophe Andreae, associé au cabinet de recrutement jrmc & associés, «on reçoit assez peu de CV exotiques. Et surtout, si les réponses ne correspondent pas au profil recherché, on peut facilement modifier une annonce en ligne.»

Transformer une annonce. Entrer en relation avec les candidats. Trouver le moyen d'interagir avec eux: c'est cela le défi pour le recrutement en ligne et c'est là-dessus que planchent les portails d'emploi en ligne. «Actuellement, l'annonce en ligne ressemble à une annonce de presse écrite, analyse Renato Profico, responsable du développement chez jobs.ch. Ce modèle est périmé: l'annonce en ligne doit évoluer pour offrir plus d'interactivité. Nous sommes en pleine réflexion à ce sujet. Nous cherchons notamment comment aller vers les candidats, à l'endroit où ils se trouvent.» Recrutant pour lui-même, le portail jobs.ch a mis une petite vidéo en ligne présentant la société et ses valeurs: «Tous les candidats que nous avons reçus l'avaient visionnée!» poursuit Renato Profico.

Complémentarité

Utiliser le recrutement comme vecteur de communication: c'est ce que font de plus en plus d'entreprises, à l'instar du WEF. «Les annonces dans la presse feront toujours sens, car elles permettent de mettre en valeur l'entreprise autant que le poste proposé, commente Maik Mangione, de Publicitas. Elles permettent de créer un univers, de montrer que l'entreprise est attractive. Des questions d'image entrent en jeu. Sans compter que l'on touche, dans les médias imprimés, des gens qui ne cherchent pas d'emploi et sont satisfaits dans leur travail. C'est un public très intéressant!» Et rien n'empêche de renvoyer de l'annonce imprimée sur le site de l'entreprise.