Attentats

Le recul brutal du tourisme parisien

Annulations de vols, réservations d’hôtels en chute libre, fréquentation des magasins en berne: ce que l’on craignait juste avant Noël est en train de se produire. L’un des poumons économiques de Paris est menacé de coup d’arrêt

Coup de massue pour le tourisme parisien, à quelques semaines de Noël. Dix jours environ après les derniers attentats, les nouvelles réservations de vols vers la capitale française ont reculé de 27%. Alors que les hôtels s’attendent à de nouvelles annulations d’ici à la fin de cette année, la fréquentation s’est déjà effondrée de 57%. Pour les grands magasins, la chute tutoierait pour l’heure les 15% de chiffre d’affaires. Tandis que les plus petites enseignes, n’ayant pas les moyens de rassurer leur clientèle par des contrôles de sécurité, afficheraient à ce stade des pertes avoisinant les 30%.

Paris s’attendait pourtant à battre un record d’affluence en 2015. Sur le premier semestre de l’année, la ville avait séduit 15,9 millions de voyageurs, un chiffre en hausse de 1,6%. L’attaque terroriste contre Charlie Hebdo, suivie de la prise d’otages de l’Hyper Cacher, avait temporairement ralenti l’activité touristique, sans pour autant provoquer de coup d’arrêt. Ces dernières statistiques publiées ce début de semaine dans la presse locale font à présent craindre le pire. En particulier concernant la clientèle de loisirs: «Ce sont surtout les Brésiliens qui hésitent à passer les fêtes de fin d’année sous la tour Eiffel [-42%], suivis des Australiens [-33%] et des Anglais [-20%]», résume une étude signée ForwardKeys, société spécialisée dans le traitement des données en provenance de 14 millions de réservations par jour.

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Le recul des visiteurs américains, parmi les premiers à avoir annulé leur séjour à Paris au lendemain du 13 novembre, pourrait s’avérer encore plus élevé dans un avenir proche. Washington a en effet lancé lundi une alerte mondiale sur les risques de voyager pour leurs ressortissants partout sur le globe, en raison d’une hausse des «menaces terroristes conventionnelles et non conventionnelles».

Le tourisme d’affaires subit également le contrecoup des derniers attentats de Paris, des séminaires ou congrès ayant déjà été reportés ou annulés au lendemain des événements tragiques. «Le manque à gagner dans ce segment, en termes de taux d’occupation par semaine, représente de 8 à 10 points de pourcentage», indique le président de Paris Inn, Jean-Bernard Falco, à la tête d’un groupe de 29 hôtels quatre ou cinq étoiles dans la capitale, cité dans une note aux investisseurs de la banque Bordier à Genève.

Paris est la première destination touristique au monde. Intra-muros, la métropole accueille chaque année plus de 32 millions de visiteurs, contre près de 87 millions pour toute la France. Mais le «Grand Paris», soit la capitale et les trois départements de la petite couronne, représente 47 millions de visiteurs par an – dont 16,6 millions d’étrangers, pour 80% d’origine européenne –, devant Londres (35 millions). Cette région cumule plus de 40 millions d’euros de recettes fiscales annuelles liées à la taxe de séjour. Et génère environ 6,6 milliards d’euros de chiffre d’affaires, dont 2,8 milliards d’euros estimés pour le tourisme d’affaires. Dans cette équation, les hôtels cinq étoiles pèsent à eux seuls pour près de 4,5 milliards d’euros de ventes. Le tourisme en France pèse pour près de 8% du PIB, soit 2,4% rien que pour les seuls clients internationaux.

Selon plusieurs études, les effets du terrorisme se déploient généralement au-delà du pays directement touché. Ce qui affecte l’évolution économique des Etats voisins. Au chapitre du tourisme, les spécialistes observent des effets de substitution et de reports. Mais selon eux, pas plus de 11% de la demande se détourne vers d’autres destinations, la plupart des visiteurs préférant éviter carrément l’ensemble d’une région concernée. 

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