Médias

Les rédactions du «Matin» et de «20 minutes» fusionnent 

Les marques vont subsister, promet le groupe Tamedia, propriétaire des deux titres. Mais l’existence du quotidien orange semble plus fragile que jamais

Dans le milieu des médias romands, certains argueront que c’est un moindre mal pour Le Matin. Mardi, Tamedia a annoncé la fusion des rédactions du quotidien orange et du journal gratuit 20 minutes dès le 1er janvier prochain. Un regroupement qui donnera naissance à une rédaction commune de plus d’une centaine de personnes, mais qui mène aussi à la suppression de six postes de travail à Lausanne, dont quatre de journalistes. De l’avis de certains observateurs, cette concentration offre surtout un sursis au Matin, déficitaire depuis une vingtaine d’années.

Lire aussi: Le bénéfice de Tamedia a plongé l’année passée

Selon le communiqué du groupe zurichois, propriétaire, entre autres, de la Tribune de Genève, de 24 heures, de la SonntagsZeitung, de Homegate et de Doodle, «ce rapprochement est le fruit de réflexions engagées depuis plusieurs mois». Les deux marques conserveront leur identité propre et leurs spécificités dans le traitement de l’information, assure-t-on également en précisant que «les deux quotidiens s’adressent à des lectorats complémentaires qui les consomment dans des environnements différents».

Avec la fermeture de L’Hebdo au mois de février 2017 et après trente-cinq ans d’existence, le groupe Ringier Axel Springer Schweiz (Rasch, éditeur du Temps) a brisé un tabou. Pour plusieurs professionnels du secteur, qui préfèrent ne pas s’exprimer en leur nom, Rasch a ouvert la voie à d’autres disparitions futures. Et Le Matin est régulièrement présenté comme la prochaine victime potentielle. D’ailleurs, analyse l’un d’entre eux, «le scénario d’une fusion précédée d’une disparition rappelle furieusement celui qui a eu lieu au sein de la rédaction commune du Temps et de L’Hebdo».

«Une mise à mort progressive»

Mardi après-midi, l’un de nos interlocuteurs parlait de «première étape vers une fermeture du titre». Un autre évoquait «une mise à mort progressive». Un troisième, lui, considérait cette décision comme un «coup de la dernière chance pour Le Matin». L’enjeu stratégique pour Tamedia, résume ce dernier, «c’est la manière de faire cohabiter un tabloïd et un gratuit présents sur un même créneau éditorial et sur un même territoire».

Quoi qu’il en soit, il semble que ce soit plutôt Le Matin qui se raccroche aujourd’hui à 20 minutes, que l’inverse. Le journal «continuera d’exister dans l’environnement compliqué et mouvementé actuel», promet Tamedia. «Il fallait trouver une solution, insiste le porte-parole de l’éditeur. Notre idée, et ce que nous avons expliqué aux rédactions aujourd’hui, et de poursuivre avec Le Matin et de le développer.»

Lire également: Dix idées pour sauver la presse

Cette annonce est néanmoins le dernier épisode en date d’une série de restructurations qui frappent les médias romands ces dernières années. La baisse constante du nombre de lecteurs payants, mais surtout l’exode des recettes publicitaires vers Internet, Google et les réseaux sociaux accélèrent la tendance aux licenciements et aux concentrations. Entre 2010 et 2015, la part du budget que les annonceurs ont investi dans la presse suisse a baissé de 47% à 27%.

Ainsi, en septembre 2016, 24 heures et la Tribune de Genève annonçaient la suppression d’une trentaine de postes. En début d’année, L’Hebdo disparaissait et la rédaction commune qu’il partageait avec Le Temps était amputée de 36 personnes. Fin mars, L’Agefi était placé en sursis concordataire, alors qu’à Neuchâtel L’Express et L’Impartial s’apprêtent à ne faire plus qu’un.

Publicité