Les concentrations dans le secteur horloger ne constituent plus une surprise. Entre TAG Heuer phagocyté par LVMH et le Groupe Horloger Breguet (GHB) tombé mardi dans l'escarcelle du Swatch Group, le processus amènera encore son lot de changements de propriétaire.

Il y a un certain temps déjà qu'Investcorp envisageait de vendre ses marques (GHB, Ebel, Chaumet). Une étape est franchie: la cession du GHB à l'empire Swatch. Restent le cas d'Ebel et de Chaumet, dont Investcorp aurait voulu se défaire sous forme de paquet global.

Swatch Group n'était pas seul sur le coup: LVMH avait lancé une offre sur les trois marques. Investcorp, selon nos sources, en voulait au minimum 470-500 millions de francs (outre le GHB, Ebel évalué à hauteur de 220 à 250 mios de francs, Chaumet à 60 mios de francs). L'approche opérée par le géant français n'a pas rencontré l'oreille d'Investcorp, qui disposait des propositions alléchantes d'un Swatch Group désireux de s'offrir la cerise permettant de compléter son portefeuille.

Nicolas Hayek l'avait affirmé à plusieurs reprises: la consolidation de sa gamme passerait par une acquisition. Sera-ce la dernière? Nul ne saurait l'affirmer. Mais Swatch Group peut désormais bétonner la surface du gâteau comprenant Blancpain, Omega et Léon Hatot (joaillerie). Cet ensemble annonce la création, au sein d'un groupe de culture plutôt industrielle, d'un véritable pôle de luxe. Le groupe suisse tient en mains toutes les cartes essentielles: couverture complète de la segmentation, base industrielle inégalée dans tous les composants de la montre (mouvements et habillage), distribution. Tel n'est pas le cas de LVMH et de Vendôme Luxury Group, exemplaires dans la distribution et la gestion marketing des marques, mais qui peinent à rivaliser sur le front industriel. Ces trois groupes sont aujourd'hui, avec Rolex, les meneurs de la recomposition du paysage horloger. LVMH tient plusieurs fers au feu. Avec TAG Heuer, le groupe veut créer un pôle horloger puissant. Les marques de Mannesmann/VDO (Jaeger-LeCoultre, IWC, Lange & Söhne) attisent les convoitises. Ce trio semble être dans le collimateur de LVMH et de VLG. Restent quelques outsiders, des investisseurs potentiels qui suivent avec attention le mouvement. PPR-Gucci, Movado et Bulgari, à leur niveau, sont sur les starting blocks.

Au chapitre des indépendants, quelques marques suscitent également l'intérêt: Patek Philippe, que chacun souhaite acquérir, voisine aux côtés d'Audemars Piguet. La marque détient 40% du capital de Jaeger-LeCoultre. Et Girard-Perregaux? Et Zénith? En marge du produit terminé, leur attrait réside dans leur maîtrise de la production de mouvements. Restent encore ces cibles potentielles que sont Breitling et Corum, naguère enviable, dont les difficultés ont écorné l'attrait.