Prévoyance

La redistribution au profit des retraités serait un mythe

Les études qui mettent en évidence les transferts des salariés actifs aux retraités souffrent d’une méthodologie erronée, a indiqué Marc Fournier, expert auprès de Pittet & Associés, lors des Journées de la prévoyance, jeudi à Lausanne. La volonté politique de réduction de cette «redistribution» affaiblirait le système

Dans les milieux de la prévoyance, il y a une certitude: La redistribution se fait au profit des retraités et au détriment des actifs. Jeudi, lors des Journées de la prévoyance, à Lausanne, Marc Fournier a brisé un tabou. Pour l'expert auprès de Pittet & Associés, ce jugement se base sur une méthodologie douteuse. 

Officiellement, la redistribution atteint 7 milliards de francs par an, selon la Commission de haute surveillance en se basant sur la période de 2014 à 2017. Le montant traduit la différence entre les intérêts crédités aux salariés (2,75%) et le taux technique des caisses de pension (2,2%). Ce dernier détermine le montant des engagements d'une caisse en fonction du rendement qu’une caisse espère réaliser à long terme (25 ans). «Peut-on comparer les deux taux? Non», affirme sans ambiguïté Marc Fournier.

Confondre le court et le long terme

Ce sont deux taux de nature différente, selon Marc Fournier. Le premier est le résultat d’une décision de la caisse de pension en fonction de la performance de ses actifs l’année précédente et le second d'une évaluation à long terme. «Ce décalage est choquant», lance l’orateur. Pour Marc Fournier, puisque la méthode est douteuse, les mesures envisagées pour réduire cette redistribution sont erronées. Celles-ci consistent à réduire le taux technique pour le rapprocher du taux crédité aux actifs. Mais ce mécanisme pousse le taux de conversion vers le bas, donc le taux auquel l’épargne vieillesse est transformée en rente. On mélange le conjoncturel et le structurel, regrette-t-il.

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A l’origine de la loi sur la prévoyance, en 1975, le Conseil fédéral n’avait pas exclu des éléments d’assurance, donc de solidarité, au sein du deuxième pilier, rappelle Marc Fournier. L’expert s’étonne donc de la volonté d’éliminer tout élément de solidarité et de renforcer une individualisation du système.

Des transferts dans plusieurs directions

Des transferts existent, mais ils ne profitent pas toujours à la même catégorie, selon Marc Fournier. 

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L’objectif initial était d’offrir une rente correspondant à 60% du salaire et de garantir la stabilité du système. Cet objectif de rente peut être atteint si l’on respecte la règle selon laquelle le taux crédité aux assurés correspond à celui de la hausse des salaires. Entre 1985 et aujourd’hui, le taux crédité a dépassé de 2% celui de l’augmentation salariale. Depuis trente ans, on assiste donc à une redistribution du retraité vers l’assuré actif, conclut Marc Fournier. 

En se basant sur le taux de conversion, jugé trop haut, l'assureur Axa a calculé que la redistribution des actifs vers les retraités s’élevait à 499 millions de francs en 2017 dans son groupe. Pour Marc Fournier, les assurances souffrent de règles à court terme. Par exemple l’obligation de couvrir 100% des risques en tout temps fait partie de ces normes qui pénalise le système de retraite dans la mesure où il mine sa stabilité, déplore l’expert.

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