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Le métier de menuisier est celui qui, dans le monde du bois, a le plus souffert de la mondialisation.
© Caiaimage/Tom Merton/Getty Images

Métiers en mutation

Redonner les meubles aux menuisiers

L’installation de portes, de fenêtres ou de cuisines importées de l’étranger est devenue la principale activité des menuisiers. Mais la start-up iWood cherche à inverser la tendance. Pour que certains d’entre eux retrouvent leur métier d’antan

Dans le cadre d'une série consacrée aux métiers qui se réinventent, Le Temps met à l'honneur les différents milieux professionnels au sein desquels une révolution s'opère.

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Un menuisier est un entre-deux. Ce n’est ni un charpentier, puisqu’il réalise des pièces en bois d’une taille limitée. Et ce n’est pas non plus un ébéniste. Ce n’est pas un artisan et il ne fait pas dans le placage ou l’ornement.

Au fur et à mesure de la mondialisation, ce métier est celui qui, dans le monde du bois, a le plus souffert de la concurrence internationale et de la production de masse. Aujourd’hui, les PME, qui constituent l’immense majorité de ce secteur, sont privées de certaines commandes. Leur mandat consiste surtout à la pose de portes, de fenêtres ou de cuisines importées de l’étranger. Et les clients sont de plus en plus rares à les contacter pour réaliser ce qui constituait leur métier historique: des tables, des chaises, bref, du mobilier.

Relocaliser le travail du bois

C’est en partant de ce constat qu’est née iWood. La start-up neuchâteloise veut «relocaliser des parties du travail du bois» qui sont aujourd’hui réalisées dans les pays à bas coûts en Europe de l’Est, en Italie, voire en Chine, explique l’architecte Pierre Sandoz. Ce Neuchâtelois de 45 ans est le cofondateur de la société récompensée en octobre dernier par le prix BCN de l’innovation.

Le jury a été unanime. Ses membres ont plébiscité le modèle d’affaires d’iWood. L’entreprise se présente comme une plateforme en ligne sur laquelle sont vendus des meubles. Où qu’ils soient domiciliés, les clients passent une commande. Une fois qu’elle est validée, un menuisier associé à la société reçoit le fichier de production par voie numérique. Sa machine CNC (commande numérique par calculateur) n’a alors plus qu’à être paramétrée. Caractéristique essentielle du concept: le prestataire mandaté par iWood est celui qui se trouve le plus proche du client.

«On supprime ainsi tous les intermédiaires», précise Pierre Sandoz. L’emballage, le transport, les frais de douane, le stockage, les espaces de vente, etc. Toutes les étapes du circuit traditionnel de la production de meubles à grande échelle font que le prix de vente est cinq, six ou sept fois supérieur au prix de production, selon lui. Ce sont ces économies qui vont permettre aux petites entreprises locales de travailler pour des prix qui souffrent moins de la comparaison avec l’étranger. La gamme des meubles proposés dans un catalogue de dix pièces personnalisables se situera entre celle de Pfister et celle de la marque danoise Hay, illustre Pierre Sandoz.

Foi en leur avenir

Les 300 000 francs de récompense du prix BCN serviront à financer les premiers pas de la société. En ce qui concerne la Suisse, le premier objectif d’iWood est de constituer, d’ici à fin 2018, un réseau de sept «makers», comme les appelle déjà Pierre Sandoz, qui associe ce modèle à une usine décentralisée.

Il poursuit donc sa recherche de candidats. Mais il peut déjà témoigner du fait que le profil de ceux qu’il rencontre est à peu près similaire: ils ont repris une affaire déjà existante, parfois familiale. Ils ont entre 40 et 50 ans. Ils ont foi en leur avenir, puisqu’ils ont investi dans une machine CNC qui coûte plusieurs centaines de milliers de francs. Mais ils doivent trouver de nouveaux marchés.

Une démarche à Sainte-Croix

C’est le cas, par exemple, d’Etienne Jaques. Il a entendu parler du concept iWood et a immédiatement été séduit par sa philosophie, «une démarche rationnelle et écologique», salue l’ébéniste basé à Sainte-Croix (VD).

«Mais je n’en suis qu’aux premières prises de contact, rien n’a été décidé», tempère-t-il. Une chose est sûre. Etienne Jaques est un travailleur du bois avec un profil bien particulier. Son entreprise de trois personnes s’est spécialisée dans un marché de niche: les boîtes à musique, dont les prix varient de 1000 à 10 000 francs environ. Etienne Jaques réalise aussi des commandes spéciales – pièce unique ou en petites séries – pour des particuliers ou des entreprises. Ici, les tarifs vont de 10 000 à 100 000 francs.

Ce créneau spécifique lui évite de devoir batailler frontalement avec la production de masse réalisée à l’étranger. Cela ne l’empêche pas d’envisager «d’élargir son champ d’activité». Grâce, pourquoi pas, à une plateforme internet comme iWood.

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