Etats-Unis

La redoutable arme des sanctions de Donald Trump

Le président américain multiplie les mesures contre des entreprises étrangères accusées de pactiser avec les ennemis des Etats-Unis. Il instaure un nouveau rapport de force, sans craindre la guerre commerciale

Quand le marteau protectionniste de Donald Trump retombe, il peut faire mal. Très mal. Ces dernières semaines, le président américain, guidé par sa maxime «America First», a multiplié les mesures touchant de plein fouet des entreprises étrangères. Sanctions russes, dénonciation de l’accord sur le nucléaire iranien, taxes sur l’acier et l’aluminium, importations de Chine menacées: Donald Trump donne le ton et impose un nouveau rapport de force. Ses «partenaires» étrangers tremblent et tentent d’obtenir des dérogations pour échapper aux fourches caudines de l’Oncle Sam.

Contre des mesures commerciales «déloyales»

A quoi rime cette salve de sanctions? Les effets concrets restent encore difficiles à mesurer: des tractations ardues sont en cours dans de nombreux secteurs. Washington et Pékin viennent par exemple de reprendre ce jeudi des négociations cruciales, alors que de nouvelles sanctions américaines pourraient entrer en vigueur le 22 mai. La Maison-Blanche a des revendications élevées: une réduction de 200 milliards de dollars du déficit commercial des Etats-Unis avec la Chine, qui atteint 375 milliards en 2017. Trump dénonce un «vol de propriété intellectuelle» et les «centaines de milliards de dollars» faits sur le dos des Américains.

Les guerres commerciales sont bonnes et faciles à gagner

Donald Trump dans un tweet, début mars

Le président assure adopter des mesures de rétorsion contre des pratiques commerciales «déloyales» qui nuisent à l’industrie américaine. C’est une des promesses de campagne qu’il parvient à tenir, contrairement à la construction d’un mur entre le Mexique et les Etats-Unis qui n’en est qu’à ses balbutiements. A travers ce déferlement d’annonces, il confirme surtout sa volonté de bousculer les règles commerciales mondiales. Avec les sanctions, l’imprévisible Trump sait qu’il tient une puissante arme entre les mains, même si le risque de surenchère peut s’avérer nocif.

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«Un pistolet sur la tempe»

Son marteau s’abat en deux temps. Il y a d’abord la menace, qui peut s’apparenter à du bluff ou à une volonté de faire du buzz, puis l’annonce d’exceptions, qui redonne espoir aux entreprises visées. Une stratégie qui traduit l’art de «négocier» du président américain. Le président du Conseil européen, Donald Tusk, préfère parler d’attitude «capricieuse» de l’administration américaine. Contrairement à la Chine, l’UE est encore exemptée des taxes douanières américaines de 25% sur ses exportations d’acier et de 10% sur celles d’aluminium. Mais ce régime n’est valable que jusqu’à fin mai. Et la bataille est féroce, les Européens, qui visent une exemption permanente, refusant de «négocier avec un pistolet sur la tempe». L’image en dit long sur le rapport de force engagé.

Dans le dossier du nucléaire iranien, l’attitude est la même. Les Etats-Unis adoptent une décision unilatérale et réintroduisent des sanctions qui affecteront des entreprises étrangères, notamment européennes.

«Dès que les Etats-Unis auront rétabli les secondary sanctions [qui visent les entités commerçant avec l’Iran], nous n’aurons plus la possibilité de rester une multinationale si Total continue de faire commerce avec l’Iran», a souligné jeudi Patrick Pouyanné, PDG du groupe pétrolier français, lors d’une intervention à Washington.

Ces prétentions extraterritoriales des Américains sont inacceptables du point de vue du droit international

Marcelo Kohen, professeur de droit international à l’Institut universitaire de hautes études internationales et du développement de Genève

Ces sanctions «impliquent que le président américain peut décider que Total n’ait plus accès aux banques américaines et je ne peux diriger une entreprise présente dans une centaine de pays sans accès aux banques américaines, car 90% du financement de Total est lié aux banques américaines. Il peut aussi ordonner aux investisseurs de ne plus placer d’argent dans Total, mais près de 35% de mes actionnaires sont Américains et je ne peux pas me permettre de les perdre, a-t-il ajouté, cité par l’agence AFP. Ce sont les règles du jeu et nous devons les respecter pour le meilleur intérêt de l’entreprise.»

Marcelo Kohen, professeur de droit international à l’Institut universitaire de hautes études internationales et du développement de Genève, qualifie la menace de sanctions contre des entreprises étrangères qui concluent des contrats avec l’Iran d’«illicite». «Ces prétentions extraterritoriales des Américains sont inacceptables du point de vue du droit international», commente-il.

Donald Trump n’en a cure. Il semble bien décidé à poursuivre sa politique agressive. «Les guerres commerciales sont bonnes et faciles à gagner», tweetait-il début mars. L’incapacité des Européens à faire front commun pour riposter pourrait bien lui donner raison.

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Entreprises touchées

Total

Le géant français du pétrole a annoncé qu’il devrait se retirer
du projet gazier South Pars 11 en Iran s’il n’obtenait pas de dérogation aux sanctions américaines.

Swift

Les Etats-Unis veulent couper l’Iran du système de communication interbancaire Swift. La société Swift, basée en Belgique, va demander des clarifications à l’Union européenne sur la portée des sanctions.

Maersk

L’armateur danois de pétroliers Maersk Tankers a annoncé jeudi la cessation de ses activités en Iran. Les contrats existants seront honorés jusqu’au 4 novembre, date de prise d’effet des sanctions américaines.

ZTE

Ce géant électronique chinois, qui a violé les embargos contre l’Iran et la Corée
du Nord, est privé de composants américains pour sept ans.
Il a annoncé la cessation de ses principales activités. Quelque 75 000 emplois sont menacés.

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