Les rebondissements successifs liés à la recherche d'un accord définitif dans la crise de l'amiante ne doivent pas occulter le redressement opérationnel visé par le groupe ABB. La performance opérationnelle du groupe helvético-suédois au cours du deuxième trimestre 2003 répond certes aux attentes du marché au niveau de ses deux métiers stratégiques, soit les techniques de l'énergie et celles d'automatisation (robotique). Mais la perte trimestrielle nette finale de 55 millions de dollars communiquée mardi (contre un bénéfice net de 38 millions un an plus tôt) se situe au bas de la fourchette des prévisions.

Ce résultat trimestriel a priori décevant s'explique notamment par les pertes respectives de 43 millions et de 46 millions de dollars essuyées par les deux secteurs à vendre que sont l'unité pétrochimique et les techniques de bâtiment. Les moins-values (110 millions de dollars) essuyées dans le cadre des récents désinvestissements (voir ci-contre) ont également pesé sur le résultat final.

«Compte tenu de la faiblesse du résultat opérationnel de la division pétrochimique, le prix de vente de celle-ci sera certainement inférieur à celui escompté jusqu'ici (1,4 milliard de dollars)», commente Mark Diethelm, spécialiste du secteur auprès de la Banque Cantonale de Zurich (BCZ). Cette cession est indispensable pour assainir la situation financière du groupe, mais l'opération requiert une approbation définitive de l'accord de 1,3 milliard de dollars conclu aux Etats-Unis dans le dossier de l'amiante.

Lors de la conférence téléphonique qui s'est tenue hier, le président du directoire, Jörgen Dormann, a assuré qu'il gardait bon espoir de vendre la division pétrochimique cette année. «Les négociations se poursuivent avec plusieurs partenaires», a souligné le responsable opérationnel. Ce dernier s'est pourtant refusé à commenter l'information, parue le même jour dans le Financial Times, selon laquelle la société d'investissement britannique Candover aurait entamé des négociations avec ABB par une offre initiale d'un peu plus d'un milliard de dollars pour la division pétrochimique. Quant au désinvestissement des techniques de bâtiment, il devrait prendre fin en 2004 par la vente des activités allemandes.

Baisse du dollar profitable

Les six premiers mois de l'année 2003 se soldent donc par une perte nette de 100 millions de francs, contre un bénéfice net de 193 millions un an plus tôt. Jürgen Dormann n'en prévoit pas moins un résultat net positif pour l'ensemble de l'exercice, grâce à une progression plus marquée des revenus et des commandes au deuxième semestre. Il maintient aussi les objectifs ambitieux fixés sur le long terme.

Alors que la marge opérationnelle du groupe s'établissait à 3,4% au deuxième trimestre 2003 (3,3% un an plus tôt), Jürgen Dormann espère pouvoir atteindre cette année une marge de 4% et une croissance des ventes de 4% en monnaies locales. Or, si le chiffre d'affaires du groupe ABB affiche une croissance de 13% (à 9,5 milliards de francs) au cours des six premiers mois, celle-ci s'explique par la baisse du dollar. En monnaies locales, les affaires ont en effet fléchi de 1%.

Enfin, ABB vise toujours une marge de rentabilité opérationnelle ambitieuse de 8% en 2005. Malgré un résultat trimestriel final décevant, les marchés ont donc apprécié que le groupe ait maintenu ses objectifs à plus long terme. D'où la hausse de 5,6%, à 4,71 francs, enregistrée par l'action ABB mardi.

«Le programme de réduction des coûts avance mieux que prévu. Nous sommes sur la bonne voie, mais les problèmes ne sont pas encore derrière nous», a résumé Jürgen Dormann. ABB a en effet abaissé ses coûts de 230 millions de francs au 1er semestre. A cet effet, quelque 3800 emplois ont dû être supprimés en six mois. Et le programme de restructuration fixe à 900 millions de dollars les économies annuelles visées d'ici à 2005.

Quant aux désinvestissements, ils doivent permettent de réduire l'endettement du groupe à 6,5 milliards de dollars d'ici à la fin de l'année et à 4 milliards en 2005. Mais cet endettement a encore augmenté en trois mois, de 8,15 à 8,3 milliards de dollars, «comme prévu» selon le responsable des finances, Peter Voser. Dans le même temps, les fonds propres se sont étoffés de 18%, à 1,27 milliard de dollars.