Commerce

Le redressement de l’économie iranienne passe par la Suisse

Un forum pour renouer les liens économiques entre l’Iran et l’Europe s’est tenu à Genève. Téhéran compte sur les banques suisses pour retrouver son rang dans le système financier international

Le redressement de l’économie iranienne passe par la Suisse

Commerce Un forum pour rétablir les liens économiques entre l’Iran et l’Europe s’est tenu à Genève

Téhéran compte sur les banques suisses pour retrouver son rang dansle système financier

Après une conférence à Zurich au mois d’août, les entrepreneurs et investisseurs intéressés par le marché iranien s’étaient donné rendez-vous à Genève. Au Théâtre du Léman plus précisément où s’est déroulée, jeudi et vendredi, la deuxième édition du Forum Europe-Iran.

Quelque 500 personnes se sont pressées au sous-sol de l’hôtel Kempinski. Des Suisses, des Européens et des Iraniens d’origine qui souhaitent savoir ce que va changer, concrètement, la mise en œuvre de l’accord diplomatique conclu entre Téhéran et les grandes puissances le 14 juillet dernier. La levée des sanctions internationales à l’encontre de la République islamique (au premier trimestre 2016 probablement) était au cœur des discussions.

Invité de marque, Dominique de Villepin a ouvert les débats le deuxième jour. Dans un discours teinté de diplomatie, l’ancien premier ministre français, qui s’était opposé à la guerre contre l’Irak en février 2003, a martelé que le redressement de l’économie iranienne serait long et difficile. D’autant plus que la région est désormais ravagée par les conflits armés. «L’Iran n’est pas un eldorado dans lequel les investisseurs étrangers n’auront qu’à se pencher pour récolter les fruits, a-t-il insisté. Au contraire, ces derniers devront participer activement à la reconstruction de toute une économie affaiblie par des années de sanctions.»

N’en demeure pas moins que l’économie iranienne, forte de 80 millions de consommateurs potentiels, dispose de nombreux atouts aux yeux des sociétés étrangères. Des avocats, des banquiers, des représentants de la banque centrale iranienne se sont d’ailleurs succédé à la tribune pour le rappeler. A condition, ont-ils souligné, d’être prudent et de trouver sur place les bons partenaires.

Ali Kardor, responsable des investissements de la Compagnie nationale iranienne de pétrole (NIOC) a, quant à lui, estimé à 253 milliards de dollars (246 milliards de francs) les investissements nécessaires dans les secteurs du gaz et du pétrole d’ici à 2025. Et, tandis que le mot «privatisation» ne cessait de clignoter sur la présentation affichée derrière lui, il a appelé les investisseurs étrangers, qui pourront compter sur de nouveaux contrats type bien plus avantageux – présentation prévue en novembre à Téhéran –, à se manifester.

Mais pour l’heure, commercer avec l’Iran reste compliqué. Sanctions ou non. Car les banques étrangères, marquées par l’amende de 9 milliards de dollars infligée à BNP Paribas l’été dernier pour avoir violé des embargos américains, rechignent à traiter avec des Iraniens.

Ce n’est donc pas un hasard si la deuxième édition du forum s’est tenue à Genève, alors que la précédente, en 2014, avait eu lieu à Londres. «Nous voulions envoyer un message fort aux banques suisses, explique Esfandyar Batmanghelidj. Des banques qui ont longtemps fait des affaires avec l’Iran et qui sont, aujourd’hui, indispensables au retour de la République islamique au sein du système financier international.» L’organisateur de l’événement s’est réjoui de voir sur la liste des participants, aux côtés de Bouygues, Alstom ou Airbus, les noms de Credit Suisse, Vontobel et Julius Baer.

Présent au forum, Andreas Schweitzer sait mieux que quiconque à quel point il est difficile de trouver aujourd’hui des banques qui acceptent de traiter avec des Iraniens. «Surtout en Suisse, où les établissements craignent particulièrement pour leur réputation», précise-t-il. Associé chez Arjan Capital à Londres, il conseille depuis 2009 les entreprises helvétiques qui s’intéressent au marché iranien. Pour qu’elles puissent se faire payer par leur contrepartie, il leur recommande, en règle générale, de passer par des banques italiennes ou liechtensteinoises. En attendant que des établissements suisses renouent leurs relations avec l’Iran.

«L’Iran n’est pas un eldorado où les investisseurs n’auront qu’à se pencher pour récolter les fruits»

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